//Santé: des métiers moins attirants

Santé: des métiers moins attirants

Dernièrement, les médias ont été la scène de divers témoignages touchants : des cris du cœur d’infirmières épuisées, subissant des conditions de travail qui les poussent à leurs limites. Ces médias s’attardent surtout au point de vue des infirmières professionnelles, mais qu’en est-il des infirmiers et infirmières en devenir? Comment les étudiants en sciences infirmières perçoivent-ils leur futur emploi dans le domaine de la santé à la vue des récents événements? Les cours donnés les préparent-ils aux réalités qui les attendent?

Par Jessica Normandin

Photo: Luis Melendez / Unsplash.com

Afin de répondre à ces questions, nous avons rencontré trois étudiants en sciences infirmières à l’UQAC. Deux d’entre eux, Guillaume Bourgeois ainsi qu’une étudiante qui désire rester anonyme, sont inscrits à la formation initiale alors que la troisième, Marie-Josée Emond, entreprend une formation de perfectionnement suite à ses études collégiales dans le domaine.

La santé: un domaine moins attirant

« C’est sûr que ce n’est pas attrayant! », lance immédiatement l’étudiante anonyme lorsqu’on lui demande comment elle perçoit le milieu infirmier.

« Si ce n’avait pas été du fait que j’ai déjà un emploi en CHSLD avec de bonnes conditions, j’aurais sûrement abandonné », a-t-elle poursuivi, rebutée par les horaires imposés par les hôpitaux. Ayant déjà fait un stage en milieu hospitalier, celle-ci le perçoit comme étant austère : « L’ambiance n’était vraiment pas bonne, les gens sont assez froids. » Marie-Josée Emond nous confie qu’elle ne souhaite pas non plus travailler en milieu hospitalier.

De son côté, Guillaume Bourgeois n’est pas trop effrayé par les conditions de travail difficiles des infirmiers. Ayant déjà travaillé dans le milieu de la restauration, il est plutôt habitué aux milieux stressants. Néanmoins, cela ne l’empêche pas de ressentir certaines réticences quant à son futur emploi : « Ma crainte ne se situe pas par rapport aux heures supplémentaires ou à l’épuisement au travail. Ce qui me fait peur, c’est de ne pas pouvoir prendre bien soin des patients par manque de temps. »

Des cours et des stages non représentatifs

Unanimement, les trois étudiants affirment que leurs cours à l’université ne reflètent pas la réalité du milieu. Ceci représente une certaine déception pour Guillaume Bourgeois : « C’est vraiment un très beau métier, et j’ai l’impression que ce qu’on nous apprend, on ne pourra pas le pratiquer plus tard. On a des stages, mais la charge de travail qui nous est donnée est minime comparé à ce qu’on fait une fois nos études terminées. À cela s’ajoute toutes les tâches administratives que certaines infirmières font et ne devraient pas avoir à faire. »

Par ailleurs, l’étudiante anonyme se rend bien compte d’une différence notable entre les stages et le marché du travail. Cette dernière, qui effectue actuellement un stage en CHSLD, doit lever quatre patients en une matinée alors qu’au CHSLD où elle travaille le soir en tant que préposée bénéficiaire, elle doit en coucher trente-cinq.

« Lors de mon stage, j’apprends à bien faire ma job. Je peux prendre plus mon temps. Au travail c’est différent. Je dois aller vite. Passer à côté de certaines étapes qui auraient dû être faites, mais que je ne peux pas faire si je veux m’occuper de tous les patients. J’ai l’impression d’être plus rude avec eux. C’est plate à dire, mais lorsqu’on arrive sur le marché du travail, il faut tout réapprendre ce qu’on a déjà appris. À l’école, on apprend à bien faire notre job. Au travail, on apprend à la faire tout croche pour sauver du temps. »

Ayant déjà été inscrite au sein d’un programme intensif au cégep de Chicoutimi, un cursus d’un an et demi où la matière est survolée rapidement, l’étudiante anonyme consent que ce programme est plus adapté au marché du travail actuel. Toutefois, elle ne le conseille à personne : « Quant à moi, ce type de programme devrait être aboli. Tu vois la matière trop rapidement. Tu n’as pas le temps de l’assimiler. Oui, ça te prépare mieux aux réalités du marché, mais les conditions d’études sont inhumaines. Ça demande énormément d’études par semaine puisqu’on a constamment des examens. Si tu as un travail à côté, c’est encore pire. »

Marie-Josée Emond garde un souvenir similaire de ses années collégiales : « Au cégep, ce qu’on voit représente mieux le milieu. Cependant, à l’université, on t’explique mieux ce que tu dois faire, mais surtout, pourquoi tu dois le faire. »

Quant à ses stages, il s’agit d’une autre dynamique que pour les deux autres étudiants. Ayant déjà un diplôme d’études collégiales en soins infirmiers, les stages qu’elle doit effectuer dans le cadre de sa formation universitaire se révèlent plutôt chargés. « Comme nous avons déjà de l’expérience dans le domaine, on nous en demande plus. Et nos stages ne se déroulent pas comme, par exemple, ceux des étudiants en enseignement. Nos stages et nos cours se font en même temps, ce qui nous fait des semaines très chargées. »

De plus, du temps supplémentaire lui est parfois imposé. Au moins, les professeurs de l’université se montrent plutôt conciliants par rapport à cela : «  Ils sont conscients de cette réalité et ils comprennent », affirme-t-elle.

Un avenir peu rassurant

Nos deux étudiantes interrogées ont de la famille proche qui pratique le métier d’infirmière. Lorsqu’elles ont décidé de poursuivre leurs études dans le domaine, le même scénario s’est produit lorsqu’elles l’ont annoncé à ces personnes : celles-ci  ne se sont pas montrées très enthousiastes devant ce choix de carrière et les ont mis en garde d’un possible regret dans le futur.

« Lorsque j’ai annoncé cela à ma sœur, elle a essayé de me décourager », confie l’étudiante anonyme. Celle-ci nous fait également part de ses craintes par rapport aux congés maladies : « De plus en plus d’infirmières partent en congé maladie à cause de leur épuisement. Ça devient un cercle vicieux. Plus il y a d’infirmières qui tombent malade, plus les autres ont du travail, plus elles sont épuisées et ainsi de suite. Ça, ça fait vraiment peur pour l’avenir. »

Pour sa part, Guillaume Bourgeois s’exprime quant à la réforme du ministre de la Santé Gaétan Barrette :

« Je comprends le gouvernement de vouloir donner des fonds aux médecins et de les encourager à avoir le plus de patients possible, mais il ne faut pas tout mettre notre argent dans ce bas-là. En ce moment, ça a fait un tollé parce qu’on leur en a trop donné. »

Il conclut sa réflexion en nous faisant part d’une caricature de l’artiste Ygreck, publiée dans Le journal de Québec : « On y voit Barrette qui dit ‘’J’ai fini ma nouvelle réforme’’ et tu vois derrière l’hôpital qui est détruit et le médecin qui part avec l’argent. C’est une image qui porte à réfléchir. »