//Lisée étudiant

Lisée étudiant

Dans le cadre du projet Conférences des chefs de MAGE-UQAC, le chef du Parti Québécois Jean-François Lisée s’adressera à la communauté universitaire ce soir, 13 mars, à l’UQAC. Nous avons profité de son passage pour parler du mouvement étudiant et de l’évolution de la politique.

Par Stéphane Boivin

Jean-François Lisée Photo: Twitter / Jean-François Lisée

Pendant ses études au Cégep de Thetford puis à l’Université du Québec à Montréal en Sciences juridiques, Jean-François Lisée a pratiqué le journalisme étudiant et s’est impliqué au sein des associations étudiantes. De cette époque, il se souvient spontanément d’une grève concernant les programmes de prêts et bourses alors qu’il militait au sein de l’Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ).

« J’ai trouvé que c’était très formateur d’être dans une association étudiante, de connaître le processus de revendication, de négociation, de conclusion; savoir comment conclure une grève. (…) C’est sûr qu’à l’université, ce sont toujours les étudiants des facultés sociales qui veulent lancer la grève, et ce sont toujours les étudiants de droit, d’économie ou d’administration qui veulent arrêter la grève. On a vécu ce phénomène-là dans une époque qui était très respectueuse de l’autonomie des étudiants dans leurs associations. »

Jean-François Lisée remarque, dans le sillage des grèves étudiantes de 2012, une forme de judiciarisation des mobilisations étudiantes.

« J’ai trouvé ça désastreux que, sous le gouvernement Charest, on ait créé un droit, devant les tribunaux, d’aller en cours. Alors que les étudiants qui étaient contre la grève, avant, venaient dans les assemblées et votaient contre! Ce que monsieur Charest a fait, c’est de complètement perturber la démocratie étudiante en disant qu’il y avait un recours aux tribunaux. Je suis très mécontent que certains juges aient embarqué là-dedans. Un jour, il faudra qu’un gouvernement québécois clarifie la capacité pour les associations étudiantes de faire leur travail. »

Notre entrevue avec Jean-François Lisée

Évolution de la politique

Témoin privilégié de la vie politique des dernières décennies, d’abord en tant que correspondant à Paris et Washington, puis comme auteur et comme conseiller de Lucien Bouchard et de Jacques Parizeau, comment Jean-François Lisée perçoit-il l’évolution de la politique dans les vingt dernières années?

« Je sais que c’est très à la mode de dire que tout a changé avec les médias sociaux et l’information continue. C’est vrai qu’il y a des changements, mais fondamentalement c’est la même chose. (…) C’est à nous de ne pas être esclave de ça. On n’a pas besoin de donner une nouvelle à toutes les heures. La constance est importante, tout comme la cohérence. (…) La pression médiatique de réagir plus rapidement, elle est plus forte qu’avant. (…) Mais souvent, réagir trop vite, c’est mal réagir. »

Lisée et la génération montante

Aux yeux du chef de la formation péquiste, la jeunesse québécoise actuelle est débarrassée des doutes induits par le sentiment d’infériorité qui habitait sa génération.

« D’abord, la jeunesse québécoise n’a aucune inhibition. C’est une génération qu’on n’a pas besoin de convaincre que le succès est une bonne chose. (…) Pour certaines générations antérieures, le succès était un peu louche. Les jeunes québécois d’aujourd’hui peuvent être ambitieux, être ici, partir, revenir, s’implanter, s’ouvrir à ce qui se passe ailleurs. L’une des raisons pour lesquelles je suis si optimiste pour l’avenir du Québec, y compris pour l’indépendance, c’est que ce qui a retenu les québécois pendant des générations c’est un sentiment d’infériorité. Mais il est disparu, et la jeunesse d’aujourd’hui ne peut pas comprendre comment ça nous a retenu pendant des décennies et des décennies. »

Jean-François Lisée croit que devant un éventuel débat sur l’indépendance du Québec, cette génération ne sera pas guidée par la peur. « Ils vont décider en fonction de ce qu’ils pensent qui est le mieux. Et ce ne sera pas la peur qui va les arrêter. »

À propos de cette génération, il constate également la force d’une fibre entrepreneuriale qu’il estime inédite dans l’histoire du Québec.

Conférence à l’UQAC

À l’approche des élections provinciales qui se tiendront cet automne, le MAGE-UQAC a convié tous les chefs des partis à visiter l’UQAC. Ces visites, dont monsieur Lisée est le premier invité, se déroulent en trois temps : une rencontre privée entre le chef et des membres des associations modulaires, la tenue de kiosques dans le centre social par des militants et enfin une conférence publique.

Cette démarche s’inscrit dans le mandat de MAGE-UQAC de tenir ses membres informés et de susciter leur mobilisation sur des enjeux sociaux et politiques. La présence des différentes formations politiques s’articulera autour de thématiques chères au mouvement étudiant, comme l’explique Dominic Ménard, vice-président aux affaires externes pour l’association :

« Ce sera concentré autour d’enjeux qui nous touchent, comme l’éducation et la place des régions en général, et sur des sujets à propos desquels le MAGE-UQAC a des positions, comme la rémunération des stages, le salaire minimum à quinze dollars. »

Dans la conférence qu’il prononcera ce mardi 13 mars à l’UQAC, Jean-François Lisée compte appeler la communauté étudiante à l’action et à l’engagement. « Il n’y a rien qui est donné, rien qui est dû, et tout est pris. Alors il faut qu’ils prennent leur place, que leur optimisme soit contagieux. Il faut qu’ils prennent des risques, qu’ils acceptent l’échec, puisqu’il est toujours présent dans le chemin vers le succès. »

Conférences de chefs – Jean-François Lisée: mardi 13 mars 2018, 19h