//L’historien derrière Assassin’s Creed

L’historien derrière Assassin’s Creed

Maxime Durand, un jeune historien diplômé de l’Université de Montréal en 2010, pratique un métier bien particulier : il est consultant historique chez Ubisoft Montréal. Plus précisément, il est en charge de la dimension historique que l’on retrouve dans la célèbre série de jeux vidéo Assassin’s Creed. Dans le cadre d’une conférence organisée par le Groupe de recherche et d’interventions régionales (GRIR), l’historien nous parle avec passion de ce métier qu’il occupe depuis plusieurs années déjà.

Par Jessica Normandin

Capture d’écran d’Assassin’s Creed Origins Crédit: Ubisoft/Steam

C’est à la fin de son cheminement au baccalauréat en histoire que Maxime Durand est interpellé par l’offre d’emploi d’Ubisoft : « À l’époque, l’offre d’emploi était passée par le département d’histoire de l’université. Ça disait qu’il fallait avoir une très bonne connaissance de la révolution française et anglaise. C’était justement une période que j’avais beaucoup étudiée lors de mon cursus.» Confie-t-il.

Un travail de recherche

« Mon rôle est de pouvoir fournir l’information historique aux développeurs lorsqu’ils ne sont pas en mesure de la trouver eux-mêmes. » Explique l’historien. « C’est beaucoup de recherche! » Admet-il ensuite.

Les recherches sont généralement approfondies par des voyages d’immersions qui permettent à l’équipe d’explorer les endroits qu’ils devront recréer. De plus, il leur sera parfois offert d’assister à des reconstitutions historiques afin d’en apprendre d’avantage sur l’époque du jeu.

Par ailleurs, l’équipe collabore avec certains historiens et professeurs d’université, mais aussi avec diverses communautés présentes dans le jeu comme la nation Mohawks (présents dans le troisième opus de la série), qu’ils ont rencontré afin de s’immerger dans leur culture et leur histoire. « Cela nous permet d’échanger et d’avoir de nouveaux points de vue sur l’histoire. » Précise Maxime Durand.

Un souci de crédibilité

Les lieux présents dans la série Assassin’s Creed  sont majoritairement reproduit de façon à être le plus fidèle possible à la réalité de l’époque. Cependant, certains choix doivent parfois être faits. « Lors du développement de Assassin’s Creed Origins, l’équipe ont dû me trouver énervant puisque je leur pointais souvent des détails qui ne correspondaient pas à la réalité de l’époque. Toutefois, il faut parfois faire des choix et savoir mettre de l’eau dans son vin. »  Confie l’historien.

En effet, bien que les développeurs aient un souci de recréer le plus fidèlement possible l’époque historique où se déroule le jeu, certains changements doivent être apportés afin de faciliter le gameplay. Par exemple, afin de rendre un monument plus visible pour le joueur, celui-ci sera plus surélevé que dans la réalité. Outre les changements structuraux, l’historien mentionne un autre détail qui diffère de la réalité dans Origins, soit le fait de pouvoir librement visiter les pyramides. « À l’époque, on ne laissait pas entrer n’importe qui dans les pyramides. Il y avait des gens qui surveillaient les entrées. Pour le jeu, nous avons préféré laisser la liberté au joueur de le faire. » Précise-t-il.

Afin de mieux reproduire les environnements, les développeurs font appels à des cartes géographiques des zones qu’ils doivent modéliser. Toutefois, pour certaines d’entre elles, le travail s’avère plus complexe : « Dans le cas de Rome, par exemple, ça a été assez facile de recréer la zone à partir de la carte. Mais si on prend le cas de Boston, ça a été beaucoup plus difficile. Avec les années, l’endroit a beaucoup changé ce qui fait en sorte qu’on ne peut pas se baser que sur la carte. Par exemple, il peut arriver qu’une montagne qui existait avant n’est plus là aujourd’hui. »

Il n’y a pas que les lieux qui sont reproduits avec fidélité, mais aussi les personnages. « On veut offrir le plus de variété possible. De ce fait, je dois faire beaucoup de recherche sur les différents métiers qui existaient à l’époque. D’autant plus qu’il faut rester crédible en fonction des classes sociales des gens.  »

Par ailleurs, avec les progrès techniques du jeu vidéo, le travail de Maxime Durand se complexifie de plus en plus au fil des opus : « Dans les premiers Assassin’s Creed, on ne pouvait afficher qu’une vingtaine de personnages à l’écran. À présent, on peut en afficher beaucoup plus, et chacun possède sa propre intelligence artificielle. De ce fait, j’ai beaucoup plus de recherche à faire afin que l’on puisse offrir une grande variété de personnages d’époque. »

Un outil à l’éducation

En février dernier, un nouveau mode de jeu a été ajouté à Assassin’s Creed Origins : le Discovery Tour. Il s’agit d’une version éducative du jeu où des visites guidées de l’Égypte sont proposées aux joueurs. Cette version, offerte gratuitement aux joueurs possédant déjà le jeu, peut être achetée individuellement par toutes les personnes qui s’intéressent à l’histoire de l’Égypte.

Récemment, des recherches ont étés effectuées dans les écoles afin de jauger la pertinence d’intégrer ce jeu dans les cours d’histoire au secondaire. « Évidemment, le jeu ne pourra jamais remplacer un professeur. Mais il a été démontré que grâce à celui-ci, les élèves peuvent quand même apprendre des choses de façon interactives. D’autant plus que plusieurs développeurs sont très fiers de ce Discovery Tour, puisque cela leur permet enfin de faire découvrir l’un de leur projet à leurs enfants. »