//Pour la rémunération de tous les stages

Pour la rémunération de tous les stages

La rémunération des stages est présentement l’une des causes les plus importantes qui traversent le mouvement étudiant à l’échelle nationale et internationale. Nous avons rencontré deux membres de l’Association des étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences de l’éducation de l’UQAM (ADEESE) qui étaient de passage à l’UQAC récemment afin de décentraliser cette lutte.

Par Stéphane Boivin

Photo: Aurélie Prévost / CRIS-UQO

Au Québec, les actions se sont jusqu’ici surtout concentrées à Montréal, à Sherbrooke ainsi qu’en Outaouais.  Emmanuelle Boisvert et Charles-Antoine Goulet, respectivement responsable de la vie étudiante et secrétaire général de l’ADEESE, sont venus rencontrer un nouveau comité rémunération au sein du mouvement étudiant saguenéen. En plus d’informer les responsables locaux, ils ont pu constater les enjeux spécifiques à la région, comme l’explique Charles-Antoine Gosselin :

« On ne veut pas que ce soit Montréal qui impose sa vision de la rémunération des stages. On veut que ce soit décentralisé, que ce soient les régions qui prennent en compte leurs enjeux locaux. (…) Tout à l’heure, des étudiantes en physio nous disaient que pour faire un stage, elles doivent se rendre à Sept-Îles ou à Baie-Comeau. Elles nous disaient que des gens avaient deux appartements, un ici et un là-bas. »

Revendications

L’exemple des étudiantes en physiologie évoqué plus haut représente bien la situation intenable que représentent les stages non rémunérés. Aux nécessités académiques qui se poursuivent, il faut ajouter l’intensité et le stress du travail demandé par le stage. Il faut encore parfois concilier le tout avec un emploi rémunéré et assumer les dépenses inhérentes à ces horaires chargés.

Par ailleurs, le mouvement étudiant considère que les stagiaires accomplissent un travail réel et martèle que tout travail mérite rémunération. Emmanuelle Boisvert précise :

« On ne veut pas isoler les différents domaines. Oui, on ne représente que des étudiants en enseignement, mais on travaille aussi avec des groupes qui représentent d’autres étudiants et étudiantes. On ne pense pas qu’on mérite davantage un salaire que d’autres programmes. Peu importe le programme d’étude, on veut que tous les stages soient rémunérés, qu’on arrête d’accepter cette exploitation-là, qu’on reconnaisse que les étudiants et les étudiantes, même s’ils sont en formation, lorsqu’ils sont en stage accomplissent un travail. Ce travail-là doit être reconnu, doit être rémunéré. »

Le système actuel des stages, qui sont obligatoires et bien intégrés aux systèmes publics tels que la santé ou l’éducation, est tenu pour acquis par le gouvernement. Ce système repose en partie sur la non-rémunération des stagiaires. « L’État se dit que puisqu’on est obligés de faire des stages, il ne nous paiera pas », affirme Charles-Antoine Gosselin.

Emmanuelle Boisvert renchérit :  « C’est du travail gratuit. C’est sûr que l’État en profite. En ce moment, pour les infirmières et les enseignantes, il y a des pénuries parce que justement les conditions sont tellement mauvaises dans ces milieux-là que les gens quittent ces professions. Donc ils utilisent encore plus les stagiaires comme main-d’oeuvre gratuite pour combler les manques de postes. Une infirmière va se présenter dans son milieu de stage, elle va travailler des heures et des heures pour continuer à faire rouler l’hôpital parce qu’il manque d’infirmières et de shifts de travail. Ça nous met dans des situations de précarité et de vulnérabilité. Quand on va travailler après, on sera encore plus faciles à exploiter si déjà on est morts de tout ce qu’on a à vivre pendant notre formation. »

Un exemple flagrant de l’opportunisme des institutions face à la non-rémunération des stages est la proposition de la Commission scolaire de Montréal de déplacer les cours des stagiaires les soirs et la fin de semaine afin de les rendre plus disponibles pour combler la pénurie d’enseignant.es au préscolaire et au primaire. Cette stratégie épuiserait les stagiaires qui devraient enseigner toute la semaine et étudier les soirs et la fin de semaine.

Les représentants de l’ADEESE que nous avons rencontré croient que ce type de gestion à courte vue créera bientôt encore davantage d’épuisement et de pénurie de professionnels.

Moyens de pression

En plus de journées de grève le 20 février et le 8 mars derniers, les membres de la Campagne sur le travail étudiant (CUTE), dont fait partie l’ADEESE, sont très actifs sur les réseaux sociaux. Ils comptent élargir la lutte pour la rémunération des stages à l’ensemble des régions du Québec par le biais de rencontres et d’actions de visibilité. Cette mobilisation nationale devrait atteindre son point culminant à l’hiver 2019, comme l’explique Emmanuelle Boisvert :

« On va essayer que la mobilisation atteigne le même niveau dans toutes les régions principales, pour éventuellement faire des actions de perturbation plus grandes. Si toutes les régions embarquent, ça va avoir un impact, par exemple si on parle d’une grève générale des stages. »

Stages et luttes féministes

Les violences sexuelles et les luttes féministes sont d’autres causes importantes au sein du mouvement étudiant actuel. Ces deux causes sont plus liées qu’il n’y paraît à la lutte pour la rémunération des stages. Les stages non rémunérés touchent particulièrement des métiers pratiqués majoritairement par des femmes. Les domaines des soins (care), du travail social, de l’enseignement ainsi que certains stages en communication sont les plus concernés.

Emmanuelle Boisvert souligne que « la société veut que ce soit naturel pour les femmes de prendre de soin des autres, le don de soi. Donc on doit faire du travail gratuit parce que de toute façon on aurait besoin de ça. Ce n’est pas parce que l’enseignement c’est ma vocation que je dois subir des conditions qui vont nuire à ma santé mentale et physique. On voit vraiment la lutte pour la rémunération des stages comme une lutte féministe. »