//Alain Bertho veut comprendre les violences de l’époque

Alain Bertho veut comprendre les violences de l’époque

L’anthropologue français Alain Bertho était de passage à l’UQAC cette semaine à l’invitation du Centre de recherche Cultures – Arts – Sociétés (CELAT), pour y prononcer une conférence intitulée Notre époque face à ses violences. Il a visité le studio de CEUC pour présenter ses hypothèses de recherche quant à la montée des mouvements de protestation à travers le monde.

Par Stéphane Boivin

Manifestations et émeutes, Paris, France (place de la Bastille et environs), le 6 mai 2007 suite à l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française
Photo: Mikael Marguerie / Wikipedia

Professeur à l’Université Paris 8 et directeur de la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, Alain Bertho est un observateur attentif des contextes d’émeutes et de mobilisations. Sur sa page Anthropologie du présent, il collige une somme considérable de données à propos de ses sujets d’expertise.

Les observations d’Alain Bertho démontrent clairement une montée des contextes émeutiers au cours de la dernière décennie. Cette montée se serait stabilisée à un très haut niveau depuis 2012-2013, estime-t-il :

« Mon idée c’est cette montée de la violence, et notamment le terrorisme djihadiste qu’on appelle radicalisation, ce n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. »

S’il se méfie du terme mondialisation, le chercheur croit néanmoins que les vingt-cinq dernières années ont vu un glissement dans le pouvoir politique. Les institutions et les autorités rendraient compte désormais à des puissances extérieures plutôt qu’à leurs citoyens. Cette situation susciterait colère et désabusement, jusqu’à la la méfiance systématique envers toute forme d’autorité. Alain Bertho n’est pas un optimiste :

« Ça provoque ce que j’appelle de la brutalisation dans les rapports de pouvoir. Brutalisation du côté du pouvoir lui-même, qui fait du discours de la guerre, du discours sécuritaire ou de celui de la peur un discours de légitimation de sa propre autorité. Et en retour une brutalisation des formes de révolte, de rage, souvent désespérées, auxquelles se confrontent ces pouvoirs. »

Notre entrevue avec Alain Bertho

Des conflits sans fin

Alain Bertho souligne que la façon de concevoir la guerre et les conflits politiques a également changé. La guerre n’est plus basée sur un objectif précis, une limitation dans le temps, ni sur l’idée de retour éventuel à la paix.

« On a affaire à des états qui font des guerres à d’autres états sans dire que ce sont des guerres, en refusant à l’adversaire le nom d’état, non pas pour faire la paix mais pour écraser le mal. (…) Ce sont des guerres sans fin parce que ce ne sont pas des guerres qui ont pour but la paix. »

En entrevue à CEUCRadio, Alain Bertho a également abordé des pistes d’action, dont le modèle de l’occupation pacifique, le recours aux expertises populaires ou la définition d’un récit commun. Les printemps Arabe et Érable se sont également faufilés dans cette conversation, qu’on vous propose en exclusivité et en intégralité.