//Rémunération des stages : la paix à rabais

Rémunération des stages : la paix à rabais

Le budget Leitao déposé le 27 mars compte une mesure qui attire particulièrement l’attention du mouvement étudiant québécois. Il s’agit de l’annonce d’une « compensation »  financière du stage 4 en enseignement. Est-ce que cette annonce est une victoire dans la lutte pour la rémunération des stages, ou est-ce plutôt une façon de couper l’herbe sous les pieds d’une mobilisation plus globale?

Par Stéphane Boivin

Qualifié d’électoraliste par plusieurs observateurs à l’aune des élections d’octobre prochain, l’exercice budgétaire 2018-2019 concocté par le Parti libéral du Québec est à tout le moins stratégique.

Les modalités de la compensation financière annoncée pour le stage 4 en enseignement restent à définir au moment d,écrire ces lignes Il pourrait s’agir d’ajustements au programme de prêts et bourses, par exemple, mais pas nécessairement d’une rémunération proprement dite. En tout cas, le gouvernement annonce un investissement de 15 millions de dollars par année pour cette compensation.

Photo: Edwin Andrade / Unsplash.com
Le stage 4… et les autres

Lors du quatrième stage en enseignement, les étudiant.es assument en quelque sorte une pleine charge dans le système d’éducation. À l’instar de nombreux autres champs professionnels, les stagiaires jouent alors un rôle essentiel dans le fonctionnement des services publics. Plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la reconnaissance de ce travail réel dans l’ensemble du système public, notamment par le biais de sa rémunération.

La revendication de la rémunération du stage 4 en enseignement date de plus d’une décennie. On peut donc comprendre que la compensation annoncée dans le présent budget soit perçue comme une victoire par une frange du mouvement étudiant, comme l’exprimait Simon Telles, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ) : « Les étudiants mobilisés ont réussi à mettre de la pression. On est très heureux que les discussions des dernières semaines aient porté leurs fruits. »

Diviser pour mieux régler

Or, ce discours est loin d’être unanime. Plusieurs associations étudiantes, notamment celles représentant des facultés d’enseignement, réclament une rémunération de tous les stages effectués au sein de l’appareil public. Lors de son passage à l’UQAC cet hiver, Emmanuelle Boisvert, responsable de la vie étudiante à l’Association des étudiantes et étudiants de la Faculté des sciences de l’Éducation de l’UQAM (ADEESE-UQAM), affirmait :

« On ne pense pas qu’on mérite davantage un salaire que d’autres programmes. Peu importe le programme d’étude, on veut que tous les stages soient rémunérés, qu’on arrête d’accepter cette exploitation-là, qu’on reconnaisse que les étudiants et les étudiantes, même s’ils sont en formation, lorsqu’ils sont en stage accomplissent un travail. Ce travail-là doit être reconnu, doit être rémunéré. »

Cette position a été réaffirmée le 28 mars, au lendemain du dépôt du dernier budget. Un communiqué signé par plus de 27 associations étudiantes et comités de mobilisation relatifs à la rémunération des stages répartis sur le territoire parle d’une « bien maigre avancée » plutôt que d’une victoire.

« Cela a de quoi insulter une fois de plus le mouvement étudiant, qui réclame activement depuis deux ans la rémunération de tous les stages. »

Un nouveau comité à l’UQAC

Parmi les signataires de ce communiqué, on retrouve le Comité pour la rémunération des stages nouvellement formé à l’UQAC ainsi que l’Association des étudiants au baccalauréat en enseignement secondaire et professionnel (AEBESP-UQAC). Membre de cette dernière association, Häxan Bondu explique la position exprimée dans le communiqué :

« C’est une porte qu’on ouvre. On comprend que pour la Campagne de revendication et d’actions interuniversitaires des étudiant-e-s d’éducation en stage (CRAIES), ce soit perçu comme une belle victoire. »

Häxan Bondu croit toutefois que ce dénouement révèle un manque de solidarité envers les autres parcours professionnels. Elle souligne également que la compensation du stage 4 est encore très floue dans sa nature et qu’elle reste conditionnelle à l’élection du Parti libéral en octobre prochain. Le mouvement déplore enfin que rien de soit mentionné dans le budget à propos des normes du travail, qui sont également un enjeu majeur puisque les stagiaires ne sont pas protégés comme des employés traditionnels.

Passe-passe

La simplification inhérente aux médias et les stratégies de communication du gouvernement ont ignoré ces insatisfactions d’une très large frange du mouvement étudiant québécois.

Le message d’une réponse soi-disant favorable du gouvernement aux revendications étudiantes a pu être relayé par des journalistes un peu pressés et a trouvé sa légitimation dans le discours victorieux de certaines associations.

La division du mouvement étudiant autour de la rémunération des stages s’est actée au cours des derniers mois, alors que plusieurs associations s’étaient dissociées de la campagne de la CRAIES concentrée sur le stage 4 en enseignement.

Peut-on penser que le gouvernement ait tablé sur cette division afin de miner la mobilisation qui se prépare pour la rémunération de tous les stages? Certainement. Mais le mouvement n’a pas dit son dernier mot, comme l’affirme le communiqué commun du 28 mars :

« Face au mépris libéral, le mouvement pour la rémunération des stages poursuit sa marche vers une année 2018-2019 qui promet d’être riche en perturbations! (…) La Coalition montréalaise pour la rémunération des stages a adopté un mandat stipulant que, si le gouvernement refuse de satisfaire la revendication de rémunérer tous les stages, elle appellerait l’ensemble de ses associations membres à déclencher, dès l’hiver 2019, une grève générale illimitée des cours et des stages. »

Le 6 avril dernier, l’ADEESE ainsi que l’Association facultaire étudiante des sciences humaines de l’UQAM (AFESH) ont résolu d’opposer un ultimatum au gouvernement dès la rentrée. Les deux associations comptent d’ici là rallier d’autres associations en plus de groupes syndicaux et communautaires.