//Muliats : pour s’entendre

Muliats : pour s’entendre

Le 19 avril dernier, Les productions Menuentakuan était de passage dans la région afin d’y présenter leur toute première création Muliats. Nées d’un collectif composé d’artiste des Premières Nation, les Productions Menuentakuan souhaitent promouvoir les arts de la scène autochtone, mais surtout, rapprocher les peuples autochtones et non-autochtones grâce à l’art.

Par Jessica Normandin

Natasha Kanapé Fontaine et Marco Collin dans Muliats. Photo: Colin Earp-Lavergne

Muliats raconte l’histoire de Shaniss, innu de Mashteuiatsh, qui décide d’emménager à Montréal.  Il fera la connaissance de Christophe, avec qui il habitera. Ce dernier, ayant toujours vécu à Montréal, ne connait rien de la culture autochtone. Au fil de leur discussion, ils devront apprendre à interagir ensemble malgré leurs différences.

Contrairement à l’image véhiculée par les médias et divers autres produits culturels, Muliats veut  présenter une vision positive des communautés autochtones. Sans entrer dans les clichés que l’on a l’habitude de voir,  les productions Menuentakuan souhaitent, avec Muliats, aborder des thématiques peu abordées, à savoir le choc culturel entre autochtones et non-autochtones, l’incompréhension qui se pointe chez les deux parties lorsqu’ils se rencontrent. Par ailleurs, Shaniss se questionne quant à son identité culturelle, à présent qu’il est loin des siens. Le comédien Charles Bender explique:

« Nous ne sommes pas touchés par les problématiques que l’on entend dans les médias. Nous avons donc voulu parler d’un sujet qui est plus proche de nous, mais surtout, un sujet qu’on n’a pas l’habitude d’aborder. De plus, chaque fois que l’on entend parler des autochtones dans les médias, c’est toujours du négatif qui en ressort. Nous avons donc souhaité aborder un aspect de façon positive. »

L’incompréhension entre les peuples

Le choc culturel est omniprésent tout au long de la pièce. Notamment grâce à une scénographie simple, mais efficace. En effet, la production n’a pour seul décor qu’une longue table dont le centre est brisé. Lors des dialogues entre Shaniss et Christophe, ces derniers se retrouvent souvent à l’opposé l’un de l’autre, comme s’ils étaient loin malgré leur désir d’en apprendre plus sur l’autre.

À certains moments de la pièce, les comédiens Marco Collin et Natasha Kanapé discutent en innu, laissant ainsi une grande partie du texte incomprise par le public. Néanmoins, cette barrière linguistique n’handicape pas la compréhension de ces scènes puisque l’émotion retranscrite par les comédiens suffit à atteindre le spectateur.

 « Ce n’est pas grave si les spectateurs ne comprennent pas ce que Natasha disait lorsqu’elle parlait innu. L’important, c’est l’émotion. Son jeu d’acteur était suffisant pour transmettre l’émotion. Par l’émotion, on arrive à comprendre ce que l’autre veut dire. » Souligne Xavier Huard, metteur en scène.

Ouvert à l’échange

Expression d’origine innu, « menuentakuan » signifie « Prendre le thé ensemble, se dire les vraies choses dans le plaisir et la bonne humeur ». Tel est la mission que s’est donné la compagnie.

C’est dans cette optique que les productions Menuentakuan ont offert du thé aux spectateurs à la fin de la représentation. L’équipe de Muliats a répondu aux diverses questions du public avec une grande ouverture d’esprit. Ces discussions sont monnaie courante chez Les productions Menuentakuan. D’ailleurs, cette ouverture d’esprit et ce désir de faire découvrir la culture autochtone prête un côté convivial à la démarche de l’organisme. Avec Les productions Menuentakuan, on ne ressort pas avec un sentiment de culpabilité, mais avec un sourire aux lèvres.