//Épuisement professionnel, des mythes qui persistent

Épuisement professionnel, des mythes qui persistent

Depuis les vingt dernières années, l’épuisement professionnel est un phénomène qui explose au sein de notre société. Cependant, il s’agit encore d’une maladie qui peine à être reconnue puisqu’elle est encore considérée comme un tabou. Afin de nous en apprendre d’avantage sur les mythes et réalités de cette maladie, le Syndicat des Étudiants et Étudiantes Employé(e)s de l’UQAC (SEEEU-UQAC) a tenu, le 24 avril dernier, un atelier animé par Jovanka Ivic, agente régionale en santé et sécurité au travail.

Par Jessica Normandin

Photo: Abbie Bernet / Unsplash.com

Lors de l’atelier, Jovanka Ivic a diffusé une vidéo datant des années 90 du Docteur Serge Marquis qui explique ce qu’est l’épuisement professionnel. Selon ce dernier, elle résulte d’un changement de valeur sociale. Le travail devient de plus en plus important pour l’individu. D’ailleurs, lorsque l’on demande à une personne de nous dire ce qui est le plus important pour elle, dans la plupart des cas, elle répondra qu’il s’agit du travail.

« Si les gens ne vivaient pas d’épuisement professionnel à l’époque, c’est parce qu’ils ne donnaient pas le même sens au travail que celui qu’on lui donne maintenant. Aujourd’hui, on se définit en fonction de la job que l’on a. Notre valeur se définit en fonction de notre place au sein de notre travail. Notre estime de soi se construit autour de cela. Si nous ne sommes pas capables de faire correctement notre travail, on ne vaut rien. »

La faute de l’employé, une vision erronée

Il n’est pas aisé de reconnaître les signes avant-coureurs d’un épuisement professionnel puisque l’on a tendance à croire que cet épuisement ne relève que de l’individu. Pourtant, il est erroné de penser de la sorte puisque l’analyse doit se faire collectivement. Le noyau du problème se situe généralement dans l’organisation de l’entreprise où il est employé : climat malsain, horaire difficile, manque de personnel qui engendre une charge de travail supplémentaire, communication insuffisante, etc. Ces facteurs auront des conséquences directes sur le rendement et l’humeur de l’employé, mais affecteront également les autres sphères de sa vie sociale.

Par ailleurs, la plupart des employeurs, lorsqu’ils sont mis au courant de l’épuisement de leur employé, vont généralement lui conseiller d’aller se reposer. Hélas, cette solution ne se révèle pas fructueuse sur le long terme puisque la base du problème, à savoir l’organisation, ne sera pas réglée. De ce fait, dès son retour, l’employé retombera dans le cercle vicieux de l’épuisement, qui consiste à redoubler les efforts afin d’être à la hauteur jusqu’à l’épuisement qui donne à nouveau le sentiment de ne plus être à la hauteur et ainsi de suite. Cette spirale de l’épuisement engendre un sentiment de honte et de culpabilité chez l’employé. « Les gens qui vivent de l’épuisement professionnel ont l’impression qu’il s’agit d’une maladie honteuse. Ils prennent tout sur eux. » Souligne Jovanka Ivic.  Elle affirme également qu’il est difficile pour une personne de lâcher prise lorsqu’elle prend conscience que son environnement de travail est néfaste pour elle.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes. Selon une étude menée par Statistique Canada en 2010, un travailleur sur quatre affirme être stressé et 60% d’entre eux admettent que la cause principale de leur stress est le travail. Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la Santé estime que 50% de la population au travail vivront du stress en 2022.