//Réactions à la réforme du financement

Réactions à la réforme du financement

C’est dans la journée du jeudi 17 mai 2018 que la ministre de l’éducation Hélène David présentait, lors d’une conférence de presse, la nouvelle politique québécoise du financement des universités. Voici quelques points qui retiennent l’attention.

Par Jessica Normandin et Stéphane Boivin

Photo: Loic Furhoff / Unsplash.com
Plus de limite pour les étudiants internationaux

L’un des points qui retient le plus l’attention de la nouvelle politique est celui de la déréglementation des frais de scolarité pour les étudiants internationaux. Alors que les frais d’admission ne pouvaient dépasser 15 000$ par année, la limite imposée par Québec sera abolie. Les universités pourront non seulement décider elles-mêmes des montants exigés, mais n’auront plus à verser les surplus à l’État. Jusqu’à maintenant, il y avait déjà six domaines académiques qui n’étaient pas limités quant au frais de scolarité : sciences pures, mathématiques, génie, informatique, administration et droit. Les droits de scolarités pour les étudiants de ces domaines, qui outrepassaient le plafond de 15 000$, pouvaient parfois environner les 40 000$ par année. Il est à noter que les étudiants provenant de certains pays comme la France, ne seront pas touchés par l’augmentation des coûts puisque des ententes spécifiques existent déjà entre ces pays et le Québec.

Par ailleurs, une aide financière de 22,8 millions de dollars sera versée aux universités francophones afin d’augmenter le nombre d’étudiants internationaux. De cette somme, 10 millions de dollars représente de l’argent neuf alors que les 12 millions supplémentaires sont dégagés des surplus que les universités devaient remettre au gouvernement. De plus, afin d’élargir la proportion d’étudiants étrangers, une subvention de 9000$ par étudiant sera accordé, à concurrence de 2500 étudiants.

Moins d’avantages pour les recteurs

Le gouvernement, par le biais de sa règle budgétaire, impose aux universités de supprimer certaines primes et certains avantages auxquels les recteurs ont droit. Compris généralement dans les « autres composantes de la rémunération », ces avantages varient d’un établissement à l’autre. Dans ces suppressions, nous retrouvons, entre autre, les primes de rendement, les adhésions à des clubs privés, les paiements pour des conseils financiers, les services médicaux privés, les paiements de la cotisation à un ordre professionnel sans lien avec la fonction, etc.

Néanmoins, le Bureau de coopération interuniversitaire (BCI) salue les investissements annoncés.

Réinvestissement sur cinq ans

Cette année, Québec évalue à 197 millions de dollars son réinvestissement amorcé dans le budget précédent. Celui-ci s’augmentera de manière graduelle sur une période de cinq ans jusqu’à atteindre la somme de 367 millions de dollars.

Le financement des universités se fera d’avantage en fonction des besoins de chacune. Les établissements seront financés en fonction du nombre d’étudiants et des coûts pour les former.

La grille de pondération sera également modifiée de façon à donner plus d’argent pour la formation des enseignants et des infirmières. De plus, le gouvernement sera également plus généreux avec les programmes de maîtres et de doctorat, avantageant ainsi les universités comptant majoritairement des étudiants de deuxième et de troisième cycle.

La rectrice de l’UQAC réagit

Dans un communiqué, la rectrice de l’UQAC, Nicole Bouchard, a tenu à saluer l’effort qui a été fait derrière ces décisions. « Bien que le réinvestissement annoncé ne comble en rien les compressions auxquelles a dû se soumettre notre université au cours des dernières années, je dois reconnaître l’effort de concertation derrière l’exercice alors que toutes les universités du Québec étaient assises autour de la même table pour négocier d’une seule voix avec le gouvernement. C’est un soulagement de constater que nous aurons davantage les moyens d’offrir à la population québécoise un meilleur avenir collectif » retrouve-t-on dans le communiqué.

Dans ce même communiqué, il est également mentionné que « Bien qu’il soit trop tôt pour connaître l’impact financier exact de toutes les mesures annoncées, l’UQAC, à l’instar de l’ensemble des universités, voit son financement augmenté. »

Réactions des associations étudiantes nationales

L’Association pour une voix étudiante au Québec (AVEQ), à laquelle est affiliée MAGE-UQAC, et l’Union étudiante du Québec (UEQ) ont rapidement réagi, par voie de communiqué, à l’annonce de la ministre David.

L’AVEQ a tenu à dénoncer la dérèglementation des frais de scolarité pour les étudiants internationaux. Selon Sophia Sahrane, responsable à la recherche et à la pédagogie de l’AVEQ, « La déréglementation des frais de scolarité pour étudiant.es internationaux a des impacts réels, à court et long terme, sur la santé mentale et physique des étudiant.es, leur succès académique, ainsi que sur leur capacité à accéder à une éducation postsecondaire ou de la poursuivre. Cette situation est inacceptable et aura des répercussions importantes également sur les universités déjà sous-financées qui n’accueillent pas beaucoup d’étudiant.es étrangers ».

Les responsables de l’UEQ vont dans le même sens. Son président Guillaume Lecorps a en effet déclaré : « Nous sommes amèrement déçus par la stratégie cynique de la ministre d’annoncer ce dégel pendant les vacances d’été. Mme David ne nous avait pas habitués à ce type d’approche unilatérale. » C’est que l’association se préparait à une rencontre d’information avec la ministre à propos de cette réforme lorsque ses membres en ont découvert les détails dans les médias.

Rappelons qu’à quelques mois des élections provinciales, les annonces du gouvernement libéral demeurent conditionnelles à sa réélection en octobre prochain.