//Durer en milieu de travail à prédominance masculine

Durer en milieu de travail à prédominance masculine

Dans le cadre du 86ième congrès de l’ACFAS, une recherche forte intéressante quant à la progression et la rétention des femmes dans les milieux de travail à prédominance masculine a été présentée. Bien que la présentation se soit majoritairement concentrée sur le métier d’avocate, plusieurs autres domaines ont été étudiés. CEUC a eu un entretien avec Sophie Brière, professeure agrégée de l’université Laval et chercheuse principale de la recherche.

Par Jessica Normandin

Bien que l’égalité homme femme se soit beaucoup améliorée au cours des dernières années, certaines injustices subsistent, notamment en ce qui concerne les milieux de travail à prédominance masculine. Dans leur projet de recherche, Mme Brière et son équipe ont tenté d’évaluer les différentes étapes professionnelles vécues par plusieurs femmes provenant de différents milieux de travail où elles sont une minorité.

« On a pris chacune des professions que nous avons étudiées et nous les avons classées selon le nombre d’obstacle que les femmes rencontraient durant tout leur parcours. C’était une façon de comparer les professions entre elles parce que c’était l’intérêt de la recherche. »

Notre entrevue avec la professeure agrégée Sophie Brière

Avocate, un métier difficile

Malgré qu’il y ait de nombreuses étudiantes en faculté de droit, le métier d’avocate peut s’avérer très difficile pour une femme. « C’est là où l’on a vu le plus grand nombre d’obstacles », explique la chercheuse.

En effet, les avocates seront amenées à rencontrer plusieurs embûches au cours de leur carrière. Étant un domaine très carriériste, ce sera surtout autour de la vie familiale que tourneront les discriminations. Il sera difficile pour une avocate d’arriver à concilier le travail et la famille et celles-ci devront faire beaucoup plus d’effort qu’un homme afin de prouver leur valeur. « Quand on part pour la maternité, on est sur une voie plus lente. Lorsque les femmes reviennent du congé maternité, les femmes disent qu’elles perdent leurs dossiers et doivent recommencer à zéro. Elles doivent mettre les bouchées doubles afin de refaire une clientèle en plus d’avoir les enfants à la maison. »

Par ailleurs, il est difficile pour une avocate de progresser à un poste d’associée. « Dans les grands cabinets d’avocats, c’est le nombre d’heures facturées qui va faire en sorte que l’on va devenir associé ou pas. Donc si les personnes, pendant un certain temps, ont moins d’heures de disponibilité, celles-ci auront moins de chance de devenir associée. »

Même si la vie de famille rend le métier d’avocate difficile, certaines femmes parviennent tout de même, non sans sacrifices, à concilier le tout et à devenir associée. Toutefois, Mme Brière nous fait part de ses réserves à ce sujet : « Les gens nous disent qu’il y a des femmes qui réussissent à le faire. Elles ont réussi à s’organiser, donc tout le monde devrait être capable de le faire. Elles sont très essoufflées et épuisées, mais elles ont réussies quand même. On les présente un peu comme des modèles en disant au jeune de faire la même chose et l’organisation n’a rien à faire, puisque ces femmes ont réussi. » Hélas, comme l’explique par la suite Mme Brière, ce ne sont pas toutes les femmes qui ont l’envie, mais surtout la capacité d’avoir quatre enfants et de devoir jongler entre les obligations familiales et les exigences élevées du travail. « On ne devrait pas se fier qu’à un seul modèle » dit-elle.

De bonnes pratiques

Heureusement, certains domaines à prédominance masculine connaissent un bon taux de rétention. Contre toute attente, les femmes pratiquant le métier d’inspectrice semblent avoir des conditions de travail qui favorisent leur progression. Cela est dû notamment au fait que le bassin de recrutement a été élargi. Mme Brière explique qu’à une certaine époque, les femmes ne pouvaient être engagées dans cette profession que si elles avaient de l’expérience dans le domaine de la construction ou de l’inspection alimentaire, ce qui éliminait plusieurs candidates. À présent, ce prérequis n’est plus nécessaire puisque les femmes sont formées sur place.

Les conditions de sécurité sont également prises aux sérieux : « Les gens qui vous reçoivent ne sont pas nécessairement contents de vous voir puisque vous aller les évaluer. Vous pouvez prendre des décisions coûteuses pour l’organisation. Vous pouvez même fermer des chantiers ou des organisations. » Afin d’assurer la sécurité des femmes, des mesures sont prises lorsqu’un des individus se montrent désagréable avec elles.

Mme Brière semblent plutôt optimiste par rapport aux résultats de leur recherche. « Ce qui est intéressant dans cette recherche-là, c’est que oui on peut parler plus d’une profession comme les avocates, mais on peut faire des liens entre les professions. C’est la richesse du projet de recherche. Il y a probablement des liens à faire entre ce qui se passe dans les centres de détention et dans les postes de police puisque c’est le même genre de milieu. C’est intéressant car nous sommes dans un partage de bonnes pratiques » a-t-elle conclu.