//La chute de Sparte, une vision juste de l’adolescence

La chute de Sparte, une vision juste de l’adolescence

Ce vendredi le 1er juin, l’adaptation cinématographique du roman signé par Biz, La chute de Sparte, paraîtra au grand écran. Nous avons pu visionner le film en primeur et passer un moment avec l’équipe de cette oeuvre qui aborde l’adolescence avec beaucoup de justesse.

Par Jessica Normandin

Lévi Doré tient le rôle principal de la Chute de Sparte, un film de Tristan Dubois adapté de l’oeuvre de Biz. Photo: Yan Turcotte.

La chute de Sparte raconte l’histoire de Steeve Simard, un adolescent introverti qui entame sa dernière année du secondaire. Féru de littérature, Steeve passe son temps à lire des livres dans sa chambre. Toutefois, sa vie basculera le jour où il parvient à attirer l’attention de Véronique Plourde, la plus jolie fille de l’école, en effectuant une prouesse incroyable lors d’un cours d’éducation physique. Hélas, l’exploit ne se contente pas d’attirer le regard de celle qu’il convoitait depuis tant d’années ; il devient également la cible numéro un de Giroux, l’ex colérique et violent de Véronique qui plus est l’un des meilleurs joueurs des Spartiates, l’équipe de football de l’école.

Derrière la baboune

Réalisé par Tristan Dubois et scénarisé par ce dernier avec l’aide de Biz, le long métrage dépeint l’adolescence du point de vue d’un adolescent. Ici on ne cherche pas à banaliser les problèmes vécus pendant cette période, mais à plutôt démontrer que des facteurs plus sérieux peuvent amener une réclusion sociale.

Tout au long du film, le protagoniste sera confronté à la vision limitée des adultes qui l’entourent par rapport à l’adolescence. Notamment celle de ses parents, mais aussi celle qui est véhiculée par les médias. Plusieurs scènes montrant l’ignorance des adultes sont assez percutantes. Notamment celle où la mère de Steeve lui reproche sa constante mauvaise humeur en lui montrant un sondage révélant que «82% des adolescents sont heureux». À ce moment, Steeve fait preuve d’une froide lucidité en lui signifiant que ce genre de sondage ne cherche qu’à les rassurer et n’est nullement représentatif de la réalité.

Nous pouvons également mentionner les nombreuses séquences où les parents de Steeve l’appellent affectueusement Monsieur Baboune, comme s’ils considéraient cette crise comme une phase normale de l’adolescence qui finira par s’en aller seule.

Extrait de notre entrevue avec Biz et Tristan Dubois

Un casting sauvage

L’un des éléments qui surprend le plus de La chute de sparte est son casting qui ne possèdent aucune figure très connue. Rafraichissante, la production met de l’avant une foule de jeunes talents qui en sont à leurs premiers pas dans l’industrie. «On dit souvent “Dans ce rôle-là ce serait écoeurant Rémy Girard, on recherche à peu près cette bonhomie-là. Parfait, on le prend! On se casse pas la tête, on ne dépense pas d’argent pour aller en audition, on ne passe pas trois jours à regarder du monde’’  De la part de l’industrie, c’est de la paresse. On ne fait pas nos devoirs en fait. On la prend facile. C’est prémâché. » Souligne Tristan Dubois. Il précise également que l’équipe a vu cent-soixante-dix-neuf comédiens (professionnels et amateurs) en audition pour onze rôles.

Par ailleurs, Biz, le co-scénariste et auteur du livre d’origine, mentionne qu’ils n’ont pas cherché à respecter le casting du roman. Le but était de prendre ceux qu’ils estimaient être les meilleurs pour le rôle, en dépit du physique. Les exemples les plus frappants sont les personnages de Virgile et Giroux qui sont interprétés par Jonathan St-Armand et Karl Walcott. Ces derniers ont tous deux été très surpris lorsque leurs agents les ont téléphonés pour une audition. Karl Walcott, qui interprète Giroux, y croyait à peine : « Habituellement, on me demande en audition lorsqu’on a besoin d’un personnage noir. Lorsque je me suis renseigné sur le personnage pour lequel j’auditionnais, je me suis aperçu qu’à la base, c’était un gars aux cheveux blond et aux yeux bleus. Je pensais qu’il y avait eu une erreur, mais on m’a dit que non. J’étais surpris d’avoir eu le rôle. »

Au-delà des clichés

La chute de Sparte n’entre pas dans le moule habituel réservé aux films jeunesses. Son contenu, loin d’être superficiel, brosse un tableau réaliste et juste de ce que vivent les adolescents lors du secondaire. Bien que convenu, les problématiques sont relevées avec une certaine finesse, mais surtout, elles sont décrites du point de vue de Steeve, qui, en plus de les vivre, possède un esprit d’analyse assez vif. Tellement vif que l’on a parfois l’impression qu’il s’agit plutôt d’un adulte dans le corps d’un ado. La musique joue un énorme rôle auprès du personnage. Intégralement francophone et magnifiquement bien écrite, celle-ci marque les émotions que vit Steeve lors des différents moments du film.

Loin de ne s’adresser qu’aux jeunes, La chute de Sparte sait nous replonger au cœur de notre adolescence : « N’importe quel adulte, forcément, a déjà eu seize ans. L’adolescence, tout dépendant comment ça s’est passé, on l’a enfouit en nous, on pense qu’on s’en est débarrassée. Et là, nous, on vient ranimer ça avec un tisonnier, des cendres qu’on pensait froide, mais y’a encore des braises et le feu peu repogner dans nos souvenirs. Ça je trouve ça beau, de réactiver ces souvenirs-là. » Dit fièrement Biz.

La Chute de Sparte, en salle dès le 1er juin