//La Noce: Troisième jour

La Noce: Troisième jour

Suite et fin de notre carnet de La Noce, qui se clôturait samedi.

Par Stéphane Boivin

Le troisième jour aura été celui qui nous confirme que la Noce entre dans la cour des grands festivals musicaux. Celui qui devrait également nous assurer un retour de l’événement pour encore de belles années. L’affluence, la qualité de l’organisation et des performances, en plus de l’ambiance zen qui a traversé ce magnifique week-end ont réjouit les quelques milliers de personnes qui ont franchi les guichets.

On ne peut imaginer meilleure conclusion que cette réunion exclusive de Karkwa. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

Plus d’une fois les artistes ont souligné la qualité de l’accueil et le travail des bénévoles qui ont dû composer avec des conditions extrêmes, de la canicule aux fortes averses. Ces qualités, plus ou moins visibles pour les spectateurs, ont sans doute été un facteur déterminant dans le bonheur manifeste qu’ont eu les musiciens à se produire à Chicoutimi.

Et des musiciens heureux, ça joue bien. Ainsi, même des groupes tels que Galaxie, qui offrent toujours des performances énergiques, nous ont paru se dépasser pendant cette Noce. L’ambiance fraternelle était sensible chez les artistes comme chez le public.

Trois jours de musique de grande qualité, extrêmement variée… Ça manquait clairement à Chicoutimi, et ce depuis fort longtemps. Ambiances Ambigües, concepteurs et producteurs de la Noce, ont transformé en or une Pulperie et une Zone portuaire ternies par des programmations sans vision, depuis des décennies. L’une de leur motivation partait du constat que plusieurs artistes n’arrivaient pas à trouver de diffuseur dans la région. Ces derniers diffuseurs voudront maintenant s’arroger une partie du mérite, mais ne vous y trompez pas. Ce ne sont ni les organismes municipaux, ni les promoteurs locaux qui vous ont emmené cette Noce, mais bien des saguenéens expatriés, pleins d’empathie pour leurs congénères laissés derrière…

La journée de samedi était la plus longue et fournie de cette deuxième Noce. Difficile d’en faire un tour d’horizon brièvement tant cette journée fut variée en comparaison à un vendredi à dominante hip-hop. Fred Fortin en formule solo a ouvert le bal. Une prestation que le sens du devoir nous a fait manquer mais dont les échos admiratifs nous sont parvenus toute la journée.

Qu’il était bon d’entendre les envolées électroniques psychédéliques de Klaus en arrivant sur le site, au lieu de l’habituelle toune de Marc Dupré ou de Paul Piché sur le point de défaillir.

La musique et l’attitude de Laura Sauvage se prêtent à merveille au festival en plein-air. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

La rockeuse Laura Sauvage (Vivianne Roy des Hay Babies) a offert une magnifique prestation à l’approche du souper. Entourée d’un supergroup comprenant son complice Dany Placard à la basse, Laura Sauvage nous a encore impressionnés, montant d’un cran la qualité de ses spectacles à chacun de ses passages dans la région. On peut parier que plusieurs auront découvert l’artiste acadienne grâce à cette trop brève mais si attachante performance.

Même combat pour Mélanie Venditti, qui est apparue sur les scènes ces derniers mois. Son « speed dating » avec le public devrait avoir créé quelques bons matchs. Encore peu assurée sur scène, la jeune montréalaise a néanmoins pu démontrer tout le potentiel de ses propositions.

La formation turque basée à Amsterdam, Altin Gün, a émerveillé votre humble serviteur. Moment fort du festival que ce funk orientalisant sous le soleil de fin de journée. Un groupe qu’on risque de ne pas revoir de sitôt dans le coin, alors je ne saurais vous encourager assez à aller les écouter sur le web.

Sur la grande scène, Galaxie a ensuite insufflé une bonne dose de délire à l’ultime soirée de la Noce. En plus d’une prestation déchaînée et inoubliable, nous avons eu droit à un groupe de danseurs composé de personnages de la Noce (le curé sur le mush de Philippe Brach, l’enrobé Serge Brideau, qui y est même allé d’un peu de bodysurfing…). Galaxie nous a même fait traverser une excellente reprise de Fame de Bowie chantée par François Lafontaine de Karkwa.

Après cette orgie rock, l’étrange Pierrot lunaire Anatole devait se rendre à l’évidence : il représentait un moment de détente entre l’apéritif musclé de Galaxie et la pièce de résistance qu’était Karkwa. S’adressant à un public pointu qui n’a pas peur des sentiers vierges, Anatole a quand même fait l’amour à la foule, qui n’était pas toujours consentante. Celles et ceux qui s’y seront laissés aller ont toutefois adoré l’expérience de ce R’n’B / New-wave lascif.

On ne peut pas dire qu’Anatole se soit assuré du consentement du public avant de lui faire l’amour. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

Enfin, que dire du grand retour de Karkwa, sinon l’impression d’assister à un moment historique devant un groupe qui, quoi qu’on en pense, incarne un rôle majeur dans l’histoire musicale québécoise. L’admiration dont il jouit semble intacte, comme nous l’a confirmée la foule qu’on estime à 5000 spectateurs.

On n’a vraiment pas grand chose à dire contre cette deuxième édition de la Noce, même en y pensant bien. On savait déjà que la programmation était musclée, alliant belles découvertes et incontournables de la musique actuelle. Dans la pratique, celle-ci était bien pensée, efficace. Elle comptait aussi une quasi-parité en ce qui concerne les artistes féminines.

Nous n’avons remarqué aucun temps mort entre les événements. L’attente aux différents services était des plus raisonnables. Des publics très divers ont cohabité avec bonheur toute la fin de semaine. Plusieurs ont manifesté l’envie de voir davantage d’événements se dérouler sur le site de la Pulperie. Le festival a entendu, déclarant que cette année était un test concluant concernant ce lieu de diffusion.

Si l’affluence n’était pas toujours au rendez-vous lors de la première édition, la Noce de 2018 a donné raison aux organisateurs, à tous les niveaux. Longue vie à ce mariage annuel entre le Saguenay et la musique!