//Étudier aux cycles supérieurs en région

Étudier aux cycles supérieurs en région

Quand je me suis inscrite pour la première fois à l’UQAC à l’automne 2008, l’idée d’étudier ailleurs que dans ma région natale ne m’était pas passée par l’esprit, mes brefs séjours dans les grandes villes m’ayant jusque-là confirmé que j’étais bien chez moi, entourée de ma famille, de mon copain et de mes ami.e.s. Puis les années ont passé et j’ai eu besoin de partir pour ne pas revenir, du moins c’est ce que je croyais à l’époque, car voici que dix ans plus tard, j’en suis à ma huitième rentrée universitaire… à Chicoutimi!

Par Andréanne R. Gagné

Sunrise on the Saguenay, Cape Trinity, Lucius O’Brien 1880

Bien que les raisons de mon retour n’aient pas été de nature, disons, académique, il n’en demeure pas moins que je ne regrette pas du tout, quatre ans plus tard, de m’être inscrite aux cycles supérieurs en lettres à l’UQAC et que j’y vois, au contraire, de nombreux avantages. J’ai rencontré, au cours des dernières années, plusieurs autres doctorant.e.s issu.e.s d’autres universités dites « de région » et, si nos expériences ne sont pas tout à fait les mêmes puisque chaque région comporte son lot de particularités, il semble que nous partagions plusieurs points communs quant aux avantages d’étudier en dehors des grands centres. Il est donc temps, il me semble, de défaire quelques mythes liés à l’éducation supérieure et à la recherche universitaire dans les institutions « hors grands centres ». Il importe aussi de noter que ce qui suit relève d’expériences personnelles et donc que cet article est absolument subjectif, mais non pas moins honnête et vrai, qu’il ne s’appuie sur aucune source fiable autre que mon propre point de vue et qu’aucune étude traitant du même sujet n’a été consultée. T’a pognes-tu?

La qualité de l’enseignement est inférieure…

Je ne veux pas offenser personne, mais c’est le même combat partout. Il y a de bon.ne.s et de mauvais.e.s professeur.e.s (et chargé.e.s de cours) dans toutes les universités. Ceux et celles qui enseignent et font de la recherche « en région » ne sont pas les restes d’entrevues ratées à Montréal… Maintenant que cela est dit, parlons des avantages quant à la qualité de l’enseignement. Si la qualité (et son contraire) peut être la même partout, le rapport entre les professeur.e.s et les étudiant.e.s n’est certainement pas le même. Cette proximité permet un enseignement plus personnalisé, un suivi plus serré et de meilleures chances de « rattrapage » en cas d’égarement temporaire… Enfin, comme les professeur.e.s et directeur.trice.s ont souvent moins d’étudiant.e.s à superviser, il est plus facile de les contacter et de les rencontrer rapidement, ils/elles sont plus disponibles et attentif.ve.s. Enfin, les étudiant.e.s des grands centres nous envient sur ce point, surtout ceux et celles qui attendent un retour d’appel de leur superviseur.e. depuis trois ou quatre mois. Boum.

Nous sommes isolé.e.s dans notre trou perdu

On m’a souvent fait le commentaire… Je répondrai : oui et non. Mais avant, bannissez de votre vocabulaire l’expression « trou perdu ». Bon, là on jase. J’ai constaté, au cours des quatre dernières années, que j’avais voyagé beaucoup plus dans le cadre de mes études que beaucoup de mes collègues qui étudient dans la métropole. Pourquoi? Parce que je dois le faire pour rencontrer d’autres spécialistes qui s’intéressent aux mêmes sujets que moi, contrairement à mes collègues des grands centres qui sont souvent entourés d’autres chercheur.e.s qui travaillent dans le même domaine, et ce, tout près de chez eux. L’île de Montréal comprend à elle seule quatre grandes universités, ce qui augmente considérablement le nombre d’étudiant.e.s et de chercheur.e.s avec qui discuter et collaborer sans avoir besoin d’aller trop loin. À ce propos, je trouve toujours amusant que les étudiant.e.s de Montréal se surprennent de m’entendre dire que je suis venue de Saguenay pour un colloque ou une conférence alors que l’inverse leur semble impossible… comme quoi le concept de distance est relatif! Enfin, si l’idée de voyager vous plait et que vous avez envie de rencontrer des gens d’ailleurs au pays ou d’outre-mer, ne pensez pas que Chicoutimi vous en empêchera; au contraire, il existe de nombreuses façons de sortir de la région « toutes dépenses payées ». Huhu.

Il n’y a pas d’opportunités d’emploi

Au contraire! Et il est bien plus facile de se démarquer dans une petite cohorte que dans une grande. Je m’explique. Mes collègues des grands centres me racontaient qu’il était souvent difficile d’obtenir des contrats d’assistance de recherche ou d’enseignement parce qu’ils sont plus nombreux, alors que dans les universités de plus petite taille, la plupart des étudiant.e.s travaillent au sein d’équipes de recherche, en raison, notamment, du nombre moins élevé de candidat.e.s.

Enfin, je suis consciente qu’il y a également des aspects plus négatifs et que certain.e.s témoigneront d’expériences différentes. En ce début de trimestre, j’ai seulement voulu dire que peu importe l’université dans laquelle tu évolues, ce qui compte, ce sont les efforts que tu fournis et le niveau d’implication que tu mets dans ton projet d’études. C’est ce qui te mènera là où tu le souhaites, et qui inspirera probablement ton/ta directeur.trice de mémoire ou de thèse à te suivre et à te fournir les outils nécessaires pour l’avancement de tes travaux et de ta carrière… en te présentant, qui sait, des gensses de Montréal #clindoeil.