//Les Mercenaires ont le Saguenay-Lac-St-Jean à cœur

Les Mercenaires ont le Saguenay-Lac-St-Jean à cœur

En discutant avec Pierre-Luc Bouchard et Raphaël Laurin, deux gouverneurs de l’équipe des Mercenaires, on constate rapidement que leur projet va bien plus loin qu’une simple passion pour le football. Au-delà d’un intérêt évident pour le sport, leur discours est dominé par un désir de s’impliquer au niveau des écoles et des familles de la région. 

Par Émilie Morin

Les Mercenaires. Photo: Courtoisie

« Qu’est-ce qu’on peut apporter, nous, à la région? » C’est de ce questionnement qu’est née l’équipe des Mercenaires, la nouvelle formation de football semi-professionnel du Saguenay-Lac-St-Jean. Pierre-Luc Bouchard, l’entraîneur-chef, affirme que l’idée lui est venue sur un coup de tête, mais qu’il y avait beaucoup d’étapes à suivre avant que le projet se concrétise : « La première chose qu’on a faite, ça a été de s’identifier comme un organisme à but non lucratif, explique M. Bouchard. Ça nous a permis d’être pris au sérieux par les commanditaires. Je connaissais déjà beaucoup de monde dans le domaine, alors on s’est bien entourés. C’est ça qui est important, au début : s’entourer de gens compétents en qui on a confiance. Par exemple, les gouverneurs de l’équipe, ce sont tous de gars que je connaissais personnellement avant le début de l’aventure des Mercenaires. On se rencontrait souvent pour savoir où on était rendus dans le développement de notre équipe. C’est quelque chose qui demande énormément de planification. » M. Laurin ajoute : « On a voulu bien s’entourer à tous les niveaux, pas juste pour les gouverneurs. On a été voir les équipes collégiales et on leur a demandé s’ils souhaiteraient travailler avec nous. Ils ont été très coopératifs et très ouverts à nous aider. Notre but, c’est de rassembler les gens. »

Mission accomplie

Rassembler, c’est ce qui transparait du logo des Mercenaires (« Une mission, rallier la région! »). Le slogan ressort aussi énormément dans le discours des administrateurs, et à voir les débuts de l’équipe, ils semblent gagner leur pari. « On a fait un tournoi le 1er septembre dernier, raconte M. Laurin, et ça a été un succès de A à Z! Ça a été une très grosse journée, il y a eu environ 400 personnes, dont 200 joueurs de football. On avait de très grosses attentes, mais elles ont été comblées. On a mis les valeurs de l’équipe à l’avant-plan et on a fait un événement familial, avec des jeux gonflables et un tournoi de flag-football. Les gens ont participé et ont eu du plaisir. » M. Bouchard renchérit avec enthousiasme que le tournoi a été gagné par une équipe de La Tuque, qui est partie au petit matin pour arriver à temps pour le tournoi. « C’est sûr qu’il y aura une deuxième édition l’année prochaine! » ajoute-t-il en riant.

Redorer l’image du football

« Ce qu’on voulait, explique Pierre-Luc Bouchard, c’était ramener le nom d’une ancienne équipe, mais l’accompagner d’une nouvelle mentalité. Avant, le football était plus robuste. C’était géré différemment. Aujourd’hui, il y a plus de dynamisme. On veut être plus qu’une équipe de football. L’idée derrière notre tournoi, qu’on a appelé « La Classique des Mercenaires », c’est de s’impliquer pour le Saguenay-Lac-St-Jean. Jusqu’à maintenant, on a ramassé des fonds pour le Patro de Jonquière et on va participer à « La petite randonnée du gros Dickey ». On aimerait aussi faire des levées de fonds pour aider le football dans des écoles comme Charles-Gravel, afin que les équipes puissent s’acheter du nouvel équipement. Notre but, c’est aussi de donner la chance à des joueurs collégiaux de continuer à pratiquer leur passion après le collège. Certains d’entre eux n’iront pas à l’université. D’autres y iront, mais voudront-ils réellement passer 90% de leur temps sur le terrain? Pas nécessairement. Ce qu’on veut, c’est faire revivre le football. »

La force dans la diversité

Pour Pierre-Luc Bouchard et Raphaël Laurin, le fait de s’allier à des gens qui avaient œuvré au sein de milieux différents du football constituait une force plutôt qu’une faiblesse. M. Bouchard explique que les 12 gouverneurs de l’équipe ont tous de l’expérience, mais puisqu’ils proviennent de cadres divers, cela leur permet de mélanger leurs idées : « Un gars qui a entraîné au hockey amène parfois des points de vue que moi, qui suis uniquement fixé sur le football, je n’ai pas nécessairement. » Les gouverneurs confirment qu’environ six de leurs collègues rejoindront les rangs de l’équipe, alors que d’autres s’occuperont de l’entraînement et des aspects techniques.

Recrutement en vue

Si « La Classique des Mercenaires », fut un succès, on peut également penser qu’il en sera tout autant du camp d’entraînement, qui débutera en février : « On met l’accent sur des joueurs de haut niveau, explique l’entraîneur-chef. Raphaël [Laurin] a joué à McGill, un autre joueur qu’on a recruté aussi. Un autre a joué à l’Université de York. Beaucoup de joueurs ont démontré leur intérêt. On a fait signer des contrats à quelques-uns d’entre eux, qui sont à l’extérieur de la région, pour ne pas les perdre au profit des autres équipes. On s’attend à une équipe d’environ 40 ou 45 joueurs. C’est ce qu’on vise, mais s’il peut y avoir 70 joueurs au camp, on va être contents parce que ça nous fera plus de choix! » M. Laurin affirme qu’ils aimeraient avoir des joueurs des Montagnais, l’ancienne équipe de football semi-professionnel. « Le maximum de joueurs qu’on peut habiller, c’est 55, alors si on peut remplir 55 gilets, tant mieux! Mais on envisage 45, c’est [ça] notre réalité », conclut M. Bouchard. Les Mercenaires n’ont pour l’instant pas de terrain de jeu fixe, mais Raphaël Laurin indique qu’ils aimeraient beaucoup jouer au Cégep de Jonquière : « C’est un beau terrain, bien entretenu. Pour nous, c’est très bien situé, entre Chicoutimi et Alma, où on aimerait peut-être organiser un match hors-concours. On n’exclut pas non plus le terrain de l’UQAC. Notre but, c’est de faire connaître l’équipe. » Pierre-Luc Bouchard ajoute aussitôt : « On veut montrer qu’on est une équipe compétitive, capable d’être au top, une équipe qui s’occupe bien de ses joueurs. On ne veut pas « garocher » nos joueurs sur le terrain et les laisser seuls. Perdre, ce n’est pas dans notre mentalité. »

Avantages sociaux

S’occuper de leurs joueurs semble en effet être une priorité pour les dirigeants des Mercenaires. « On veut avoir un système d’assurance, des bénéfices pour les joueurs, explique M. Bouchard. Ça va encourager énormément de gars! On veut mettre plusieurs services au point pour eux, parce qu’à un certain moment, le plaisir de jouer, ce n’est plus assez, on doit aussi composer avec un risque de blessures. On aimerait mettre au point des cartes de membres qui donnent droit à des avantages, par exemple des traitements de physiothérapie à tarif réduit. On veut que nos joueurs soient contents de jouer pour nous, qu’ils puissent bénéficier de petits « plus », comme un 15% de rabais dans certains restaurants, pour qu’ils puissent aller souper en famille. » M. Bouchard ajoute que lorsque vient le temps de trouver des partenaires, il est très agréable d’œuvrer en région : « Les gens sont ouverts à nous encourager, on a vraiment de bons partenaires. On n’a eu aucun refus de la part des compagnies jusqu’à présent. Les gens veulent encourager l’équipe, ils trouvent que c’est une bonne idée. Les gens font « wow » en voyant notre slogan, ils voient qu’on a le Saguenay-Lac-St-Jean à cœur. Il faut dire qu’on est bons pour vendre notre équipe, car c’est notre bébé! C’est comme construire une maison… c’est vraiment un beau projet. »

Du football à l’UQAC?

« Je ne penserais pas, dit Raphaël Laurin en riant. Monter une équipe, c’est extrêmement dispendieux. Les équipes qu’on a au niveau universitaire au Québec, présentement, sont financées par des entreprises privées pour des universités qui n’appartiennent pas au réseau de l’Université du Québec. De plus, ici, le bassin de joueurs est beaucoup plus faible. Par exemple, à Jonquière et à Chicoutimi, on a seulement deux ou trois écoles secondaires qui fournissent les deux collèges en joueurs. Normalement, on dit que la qualité vaut plus que la quantité, mais en région, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. On a énormément de talent, mais on manque de joueurs. »

Une chose reste néanmoins certaine : si la vague des Mercenaires frappe le Saguenay-Lac-St-Jean, c’est tout le football régional, peut-être même provincial, qui saura en bénéficier. Et si Pierre-Luc Bouchard et Raphaël Laurin transmettent aux jeunes ne serait-ce qu’un tiers de leur passion, l’intérêt pour le football devrait augmenter de manière impressionnante.