//Kevin Lambert explore la violence politique

Kevin Lambert explore la violence politique

Après Tu aimeras ce que tu as tué, un premier roman décapant publié l’année dernière, Kevin Lambert récidive en construisant une fiction littéraire (et syndicale) autour d’un conflit de travail campé à Roberval. Querelle de Roberval, publié chez Héliotrope, poursuit la superposition d’un imaginaire brutal et sans compromis sur une réalité régionale qui ne manque pas de pittoresque.

Kevin Lambert lance ces jours-ci Querelle de Roberval publié chez Héliotrope. Photo: CEUC / Stéphane Boivin

Querelle de Roberval est une œuvre très dense. Lambert y aborde les relations souterraines entre une foule de dynamiques en apparence hétéroclites. En mélangeant la réalité cruelle et l’imaginaire foisonnant, l’auteur arrive à offrir un portrait très riche du Québec actuel. Kevin Lambert offre un livre politique, dans tous les sens du terme.

« J’ai travaillé à brouiller les cartes. Pour moi, une littérature politique, c’est une littérature de questions et non de réponses. Je ne voulais pas dire aux gens quoi penser. Je voulais mettre en scène des situations romanesques fictives qui placent le lecteur dans une position d’inconfort. Dès qu’il y a de l’inconfort, il y a du questionnement et de la réflexion. »

Cet inconfort, Lambert cherche à le susciter de façon frontale dès l’ouverture du livre avec une scène homosexuelle d’une nature qui se rapproche de la pornographie. Si la représentation de l’homosexualité est un thème important du livre, elle n’est cependant qu’un aspect d’un roman qui est surtout extrêmement social. La sexualité aussi est un ingrédient du politique, surtout lorsqu’elle reste marginalisée.

Notre entrevue avec Kevin Lambert

« La sexualité a une fonction politique. Il s’agit de représenter une sexualité gay qui entre en conflit avec une société straight, hétéro. Si la sexualité est aussi exubérante et in your face, c’est pour charger la confrontation entre société straight, patriarcale, et homosexualité. Quelle place donne une société patriarcale hétéro à l’homophobie? » L’homosexualité dans Querelle de Roberval est en quelque sorte l’une des métaphores possibles d’une posture révolutionnaire, s’opposant à l’ordre établi.

L’homophobie n’est qu’une des violences explorées par Kevin Lambert dans ce roman. Violences sexuelles, du marché du travail ou des médias sont autant de façons d’arriver à un portrait politique du Québec contemporain. Ce portrait d’une grande acuité n’est jamais didactique. Le génie de Querelle de Roberval est l’aboutissement d’une œuvre éminemment littéraire tout en étant des plus pertinentes pour son époque.

Doué pour la description, Lambert est allé sur le terrain pour dépeindre encore mieux la réalité régionale. Les forces en jeu dans les conflits sociaux trouvent leur écho dans la description du fonctionnement d’un moulin forestier ou dans des scènes de bar savoureuses. Les lecteurs de la région trouveront dans ce deuxième roman le même plaisir que celui suscité par Tu aimeras ce que tu as tué, soit la cohabitation entre un monde bien connu, extrêmement tangible, et des constructions littéraires fascinantes, truffées de clins d’oeil et de pastiches.

Querelle de Roberval réussit son pari de faire réfléchir sur des dynamiques latentes dans la société qui est la nôtre : la montée de l’extrême droite, les conséquences de l’économie néo-libérale, l’homophobie et la tendance xénophobe d’un certain nationalisme.

Kevin Lambert est un auteur qu’il faut suivre. Ses deux premiers romans publiés coup sur coup donnent envie de voir jusqu’où ira le romancier d’origine saguenéenne. Aux dires du principal intéressé, il faudra cependant attendre un peu plus longtemps pour lire le troisième.