//La Terre vue du coeur

La Terre vue du coeur

« L’homme est en train de mener une guerre contre la nature. S’il gagne, nous sommes perdus. » – Hubert Reeves. (13)

Par Emmanuel Trotobas

Photo: Louis Reed / Unsplash.com

Les dernières semaines ont vu déferler maints articles[1]  sur la crise environnementale sans précédent que nous traversons. On a bien souvent entendu que l’humanité était plus en danger que la planète. Il ne nous resterait que deux ans avant le point de bascule. [2] Le système économique est dénoncé jusque dans les hautes instances internationales : à l’ONU[3] comme au FMI, qui considèrent que le capitalisme est destructeur non seulement des écosystèmes mais également des peuples[4]. Le FMI voudrait toujours la croissance mais que celle-ci soit inclusive. Les notions de développement et de progrès sont en question. Le capitalisme est clairement tenu responsable des désastres que nous connaissons.

Bien que le développement durable ait été depuis longtemps mis de l’avant et récupéré par le système économique dominant et que d’autres approches aient été amenées, la crise environnementale que nous traversons, qui fait couler beaucoup d’encre et cliquer beaucoup d’internautes. Décrié dans les médias et les festivals dits alternatifs comme celui pour la décroissance, le phénomène peut pousser à une éco-anxiété[5]… Mais n’est-ce pas normal de s’inquiéter pour un avenir commun?

Sur les médias sociaux, le message est semblable : « La planète approche de son point de bascule climatique, mais le souci premier des Québécois et celui dont discutent le plus les chefs de parti est l’immigration. Faut croire qu’on a plus peur de mourir d’assimilation que de mourir tout court. Et pourtant, si la menace d’assimilation est largement exagérée, la menace d’un basculement climatique ne l’est pas du tout. Drôle de monde. Décourageant en fait. Très décourageant », dit un militant commentant l’actualité politique.

Un film comme La Terre vue du cœur peut aider à se sortir de l’éco-anxiété, de la morosité provoquée par celle-ci. Ce documentaire était présenté par l’organisme Devenir Présent, le 13 septembre dernier à la bibliothèque municipale de Saguenay.

Ce film, comme aussi Demain (qui présentait plutôt des solutions) nous présente non seulement un bref état des lieux sous un angle à la fois scientifique et sensible, mais pose aussi un questionnement venant du cœur. Plusieurs interlocuteurs interviennent, dont Hubert Reeves et Frédéric Lenoir. L’un d’entre eux, scientifique autochtone, nous explique les liens des arbres entre eux, par exemple. Il y est souligné qu’il est essentiel de sortir de l’anthropocentrisme. Les autres règnes peuplant la terre (animaux, végétaux, rivières, lacs et montagnes) sont maintenant pris en compte, parfois même juridiquement.

Dans le film, nous pouvons voir Koko le gorille avertissant les humains des dangers que la planète encourt.[6] D’autres messages envoyés par le film sont, par exemple, que la qualité devrait prévaloir sur la quantité d’objets, ou que le changement de paradigme (contrairement aux pratiques de réponses de référendum) ne nécessite pas 50%. On explique aussi qu’il est important de dénoncer des auteurs comme Descartes, sur qui l’on fait trop reposer les fonctionnements de nos sociétés occidentales, qui manquent de sensibilité. Il est également dit qu’il faut reconsidérer la coexistence des espèces vivant avec nous.

Sommes-nous dans un état de déchéance maintenant trop poussé par rapport à l’échéance? Le colibri, comme le dit Pierre Rabhi, « aussi petit soit-il, fait de son mieux sans attendre les autres pour éteindre le feu qui embrase la forêt. » (12)  Les comportements à adopter pour une résilience majeure sont forcément différents de ceux nous ayant plongés dans ce marasme.

Autant de productions cinématographiques à propos d’un sujet commun; ce doit un être un signe d’une considération de l’état des lieux qui s’ajoute à toute la littérature scientifique et aux avancées des institutions (ONU, FMI, accords multilatéraux). Il y a quelques dizaines d’années, il n’y avait pas autant de production grand public sur les sujets évoqués ici. Nous trouvions essentiellement La Belle Verte, L’homme qui plantait des arbres, ou encore L’erreur Boréale et Soleil Vert, beaucoup moins réjouissant.

Je propose donc une petite liste non exhaustive, histoire de rappeler quelques titres de films sortis ces derniers temps[7]ayant pour sujet l’écologie :

Home et La Terre vue du Ciel, Renaud Delourme, 2004 ;

Demain, Mélanie Laurent, Cyril Dion, 2015 (contre le ton moralisateur souvent employé face aux attitudes non environnementales)

La Terre vue du cœur, Iolande Cadrin-Rossignol, 2018 ;

Le syndrome du Titanic, Nicolas Hulot & Jean-Albert Lièvre, 2009 ;

Une vérité qui dérange (An Inconvenient Truth), Davis Guggenheim, 2006 ;

Nos enfants nous accuseront, Jean-Paul Juaud, 2009 ;

Le Monde selon Monsanto, Marie-Monique Robin, 2008 ;

Les moissons du futur, Marie-Monique Robin, 2012 ;

Solutions locales pour un désordre global, Coline Serreau (productrice de La Belle Verte)

Déchets, le cauchemar du nucléaire, Laure Noualhat et d’Éric Guéret, 2009 ;

Gasland, Josh Fox, 2010 :

Le dernier continent, Jean Lemire, 2007 ;

Au nom de la Terre, Pierre Rabhi, 2013 ;

–  Food Inc., Robert Kenner, 2008 ;

Anthropocène : l’époque humaine (Anthropocene : The Human Epoch), Jennifer Baichwal, Edward Burtynsky et Nicholas de Pencier, 2018 ;

En quête de sens, Marc de La Ménardiere et Nathanael Coste, 2015.

« La sortie de crise » est, pour employer les termes de Jean-Michel Saussois, « en crise »[8] Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, dit que le leadership manque. Jean Lemire affirme qu’il existe un éventail de possibilités. Selon lui, émissaire aux changements climatiques, l’avenir est essentiellement entre les mains des jeunes[9]. Selon Naomi Klein[10], « tout peut changer ».[11]  Jacques Brel invitait la jeunesse à se demander : « Belle jeunesse, pourquoi ils ont tué Jaurès? » Hubert Reeves nous dit que nous sommes, nous, humains, en guerre.

Y-a-t-il un objecteur de conscience dans la salle?

Pour l’humanité.

Pour la planète.

[1] https://www.ledevoir.com/opinion/idees/516920/environnement-2018-l-annee-des-decisions

[2] https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1116766/changement-climatique-cercle-vicieux-catastrophe-rechauffement-co2-methane-environnement

[3] https://www.journaldemontreal.com/2018/09/13/rechauffement-climatique-les-ambitions-des-etats-pas-a-la-hauteur-avertit-lonu

[4] https://mrmondialisation.org/fmi-critique-lausterite/

https://www.humanite.fr/le-capitalisme-est-incompatible-avec-la-survie-de-la-planete-641025

https://news.un.org/fr/story/2018/09/1023262

http://www.lapresse.ca/environnement/201809/10/01-5196008-climat-il-reste-deux-ans-pour-agir-selon-le-chef-de-lonu.php

[5] https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/508037/l-echo-de-la-peur

[6] https://www.independent.co.uk/environment/koko-gorilla-cop21-environment-message-no-video-a6800761.html

[7] https://www.cinetrafic.fr/liste-film/680/1/les-films-sur-l-ecologie

http://www.topito.com/top-meilleurs-films-ecologie

https://filmsfortheearth.org/fr

[8] https://journals.openedition.org/ideas/649

[9] https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/faites-du-bruit/segments/entrevue/86848/jean-lemire-entrevue-demission-nicolas-hulot-retour

[10] https://www.youtube.com/watch?v=A-Ye2INN67U

[11] https://www.actes-sud.fr/catalogue/societe/tout-peut-changer

12 : https://www.colibris-lemouvement.org/mouvement/legende-colibri

13 : https://www.usherbrooke.ca/sciences/accueil/nouvelles/nouvelles-details/article/16623/