//MAGE-UQAC quitte l’AVEQ

MAGE-UQAC quitte l’AVEQ

L’affiliation de MAGE-UQAC à l’Association pour une voix étudiante au Québec (AVEQ) aura été de courte durée. Moins de deux ans après un référendum d’affiliation tenu en avril 2017, l’association générale de l’UQAC a voté sa désaffiliation lors de son assemblée générale annuelle du 23 octobre.

Par Stéphane Boivin

Photo: Edwin Andrade / Unsplash.com

La désaffiliation survient suite aux recommandations en ce sens de la part de trois grandes instances de l’association étudiante saguenéenne. Son conseil d’administration, le conseil exécutif et le conseil central avaient tous trois recommandé ce choix aux membres au cours des dernières semaines. Cette recommandation a été entérinée par les membres devant peu d’opposition.

Bien qu’il soit difficile, dans l’immédiat, d’obtenir des informations précises quant à ce qui a motivé ce résultat, les pratiques de gestion de l’AVEQ et son climat interne semblent être au cœur du problème.

Déficit et gestion

L’AVEQ avait déposé en juillet dernier un budget prévisionnel qui indiquait un déficit de plus de 77 000$. Pour une deuxième année consécutive, l’association nationale regroupant les étudiant.es de l’UQAC, l’UQAR (AGECAR) et l’Université Concordia (CSU) se dirigeait donc vers un bilan déficitaire. Cette situation a été jugée alarmante par plusieurs instances.

En trois années d’existence, l’AVEQ aurait consacré 75% de son budget à son fonctionnement (équipements, loyer, salaires). 90% pourcent des cotisations étudiantes recueillies par l’AVEQ auraient été investis dans le fonctionnement.  Les représentants de MAGE-UQAC auraient sonné l’alarme à ce sujet, mais la situation n’était apparemment pas aussi dramatique aux yeux des autres associations membres.

En assemblée générale, le vice-président aux affaires externes de MAGE-UQAC Olivier Plourde a fourni quelques exemples des problématiques vécues dans la relation avec l’AVEQ. Il a indiqué qu’il y a quelques jours, un représentant de l’association nationale avait contacté le MAGE-UQAC puisqu’il ne pouvait trouver les sommes des cotisations étudiantes de l’UQAC. Ces sommes (deux chèques totalisant 52 000$) avaient pourtant été encaissées selon les données de MAGE-UQAC.

Devant cette gestion déficiente, MAGE-UQAC aurait également reçu la recommandation de ses avocats de ne pas impliquer d’étudiant.es au conseil d’administration de l’AVEQ puisque cette imputabilité aurait pu avoir des conséquences sérieuses pour l’association locale. Par ailleurs, des problématiques structurelles avaient été soulevées, notamment au sein du conseil d’administration de l’AVEQ et de sa difficulté à maintenir un exécutif complet. Ses statuts et règlements, pourtant bien définis, n’auraient pas été systématiquement respectés lors de l’élection d’exécutants.

Une communication à efficacité variable aurait également été un problème récurrent. Lors de l’assemblée générale du 23 octobre, des membres de MAGE-UQAC ont souligné, avec raison, que l’AVEQ ne mettait plus à jour les documents et procès-verbaux sur son site web, ce qui posait des questions au niveau de la transparence. En effet, les derniers documents mis en ligne par l’AVEQ datent de juillet 2017. Il n’y a donc à ce jour aucune trace du congrès mouvementé de l’été 2018, dont semble résulter le vote de cette semaine.

MAGE-UQAC aurait également souhaité une décentralisation de l’AVEQ, basée à Montréal pour des besoins de représentation. Ce souhait aurait cependant été jugé difficilement réalisable, notamment pour des raisons logistiques.

Représentation nationale

En plus de son mandat de représentation nationale, l’AVEQ s’était donné la mission de réaliser des recherches sur des dossiers importants pour le mouvement étudiant, dont la santé mentale et la dérèglementation des droits de scolarité des étudiant.es internationaux. Or, certains contrats attribués pour des recherches qui n’auraient pas été menés à terme ont été « déchirés » faute de suivi.

Aussi, certaines thématiques de recherche ne semblaient pas prioritaires aux yeux de MAGE-UQAC, comme une étude sur les campus sanctuaires, une problématique jugée peu pertinente en milieu régional.

Dans un rapport interne de MAGE-UQAC, l’association indique qu’après trois ans à étoffer ses recherches, elle aurait souhaité que l’AVEQ se tourne davantage vers la représentation nationale d’enjeux chers au mouvement étudiant et qu’elle s’affaire à recruter de nouvelles associations. Des divergences à ce sujet feraient partie des causes de la désaffiliation, tout comme l’absence de nouveaux membres à l’horizon.

Par ailleurs, l’AVEQ était plutôt effacée des débats au niveau national, au profit d’une association « concurrente » (l’Union étudiante du Québec – UEQ) systématiquement sollicitée par les médias.

Réactions

Nous avons tenté de joindre les responsables du dossier du côté des associations membres (AGECAR, CSU et AVEQ) mais n’avons pas reçu de réponse au moment d’écrire ces lignes. Deux jours après le vote de désaffiliation, l’AVEQ a publié un communiqué sur sa page Facebook. L’association nationale y exprime sa tristesse de voir l’une de ses associations fondatrices se retirer. Elle déplore également que cette désaffiliation n’ait pas été faite selon ses statuts et règlements.

À travers ce communiqué, tout comme dans nos échanges avec l’exécutif de MAGE-UQAC, on décèle des tensions entre les individus. « L’AVEQ tient à souligner qu’elle n’a jamais été invitée à venir parler aux membres du MAGE-UQAC dans le but de présenter l’association ou défendre ses positions en vue de ce vote de désaffiliation. Il s’agit de la volonté des exécutant-e-s responsables de l’association et nous respectons ce choix. »

Si le projet de l’AVEQ avait été, dès sa création en 2015, porté en large part par des exécutant.es de MAGE-UQAC, il semble que cette affiliation ne jouissait plus du soutien de l’exécutif en place. Les membres s’opposant à la désaffiliation ont fait valoir qu’il était trop tôt pour prendre une telle décision, ce à quoi d’autres membres ont répondu que la désaffiliation était discutée dans les instances de MAGE-UQAC depuis avril. L’assemblée a donc opté de respecter les recommandations de ses instances en ce sens.