//Maison Bossé: Lettre à la ministre

Maison Bossé: Lettre à la ministre

Nous publions intégralement la lettre ouverte du doctorant en développement régional SImon Gauthier, suite à l’annonce de la démolition éminente d’un autre bâtiment patrimonial de Saguenay. Nous invitons par le fait même la communauté universitaire à se joindre à la manifestation organisée ce dimanche 28 octobre à midi.  Cette lettre est adressée à la madame Andrée Laforest, Ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, Ministre responsable de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean et députée de Chicoutimi.

La maison Bossé, vers 1920, construite vers 1880, sera démolie pour faire place au projet d’un promoteur privé. Photo: ANQC, fonds Lemay, no 69894.

Bonjour Madame la Ministre ,

je vous écris d’abord aujourd’hui pour vous faire part de mon indignation (et le mot est faible) devant la décision prise « à l’unanimité et à contrecœur » par les élus municipaux de Saguenay d’autoriser la démolition de la maison Bossé, située au 334 rue Racine Est. J’imagine fort bien, Madame la Ministre, que vous partagez cette indignation et que vous considérez vous-aussi que nos enfants, et que leurs enfants, méritent que nous défendions ce que nos parents et nos grands-parents ont jugé bon de nous léguer. C’est cette conviction qui m’amène, dans un second temps, à vous écrire aujourd’hui. En apprenant la nouvelle, j’ai décidé spontanément d’organiser une manifestation dimanche prochain à midi, devant ladite Maison, pour dénoncer cette destruction éhontée de notre héritage historique local et régional. Vous n’êtes pas sans savoir que ce mouvement s’inscrit sur le long terme dans un processus de destruction de ce qui constitue notre vieille ville; un « Vieux-Chicoutimi » dont la dénomination malencontreuse de « Centre-ville » a autorisé au fil du temps une « modernisation » qui s’est traduite par des actions des plus dommageables à l’encontre de notre patrimoine bâti. Je ne nourris que peu d’espoir que cette démolition soit annulée, bien que je sois intimement convaincu que ce soit ce que commande le bon sens et qu’avec beaucoup de volonté, il serait possible de léguer ce bâtiment magnifique et irremplaçable à la communauté d’une quelconque manière.

Partout dans le monde, les vieux quartiers sont chéris pour leur histoire, leur beauté et leur unicité, tant par les communautés qui en profitent au quotidien que par les touristes qui les parcourent. Comment se fait-il donc qu’ici, au Saguenay, les décideurs d’hier et d’aujourd’hui aient affiché si peu de considération et d’enthousiasme pour ces héritages? Comment se fait-il que nous, citoyens et habitants du territoire, devions encore, en 2018, assister impuissants à la démolition systématique des lieux qui ont vu nos sociétés régionales naître et prospérer. Comment se fait-il que l’avis des citoyens pèse si peu dans un dossier comme celui-ci alors qu’il nous concerne non seulement nous, mais également les générations à venir? Cela est d’autant plus outrageant, Madame la Ministre, que dans les dernières années, ce processus a essentiellement visé à favoriser la construction de stationnements ou de logements pour personnes âgées qui se retrouveront probablement inhabités d’ici quelques décennies seulement en raison des dynamiques démographiques…

Dans le cas particulier de la maison Bossé, il est dit que les « firmes d’architectes […] ont conclu que le bâtiment ne pouvait être déclaré à caractère patrimonial en raison des modifications qui ont été apportées au fil des années au niveau de la toiture et de sa volumétrie ». Ainsi, en raison d’une grille d’analyse définie par une poignée de « spécialistes », ce bâtiment, qui apparaissait pourtant déjà sur une photo de la ville datant de 1868, serait considéré comme ne faisant pas partie du patrimoine historique de notre communauté. Ce non-sens ne saurait être défendu et la honte qu’il inspire à plusieurs de nos concitoyens devrait à mon avis suffire pour que des mesures soient prises pour bloquer le processus. À une époque où on parle de plus en plus de notre identité nationale, il me semble qu’il faudrait agir avec fermeté pour en défendre les éléments les plus porteurs et cela inclut immanquablement les traces matérielles de notre passé. Par conséquent, j’en appelle à vous aujourd’hui pour solliciter votre présence à cet événement et pour vous demander, du même souffle, de bien vouloir inscrire la question patrimoniale comme une priorité à votre agenda au vu de l’urgence de la situation.

Veuillez accepter, Madame la Ministre, mes salutations les plus distinguées.

Bien à vous,

Simon Gauthier
B.Éd., B.A., M.A. et doctorant en Développement régional
Auxiliaire de recherche au Centre de recherche sur le développement territorial
Département des sciences humaines et sociales
Université du Québec à Chicoutimi