Les couleurs propres de Stéfanie Tremblay

C’est à Stéfanie Tremblay que la Galerie l’Oeuvre de l’Autre a confié d’ouvrir l’année 2019 avec l’exposition True Colors (and that’s why I love you). Jusqu’au 6 février, on pourra y fréquenter un univers pop où se côtoient nostalgie kitsh et anxiété publicitaire.  

Par Stéphane Boivin

L’artiste saguenéenne, détentrice d’une maîtrise en arts de l’UQAC, a développé une pratique cohérente et reconnaissable dans laquelle s’inscrit la présente exposition. Les couleurs pastel, les images de teen idols en déchéance, la propreté et son contraire continuent de porter le travail de Stéfanie Tremblay. Ses œuvres faussement désinvoltes ont atteint un perfectionnement qui happe l’habitué autant que le nouveau venu.  

« À cause des couleurs et du côté pop, ce sont des œuvres accessibles dans lesquelles les gens peuvent se reconnaître facilement. Je suis obsédée par les stars qui meurent de manière tragique, mais j’adore la musique aussi et je veux que ce soit la première chose qu’on ressent quand on entre dans la galerie.  » 

Il en résulte des œuvres qui séduisent rapidement. Elles amusent, mais elles inquiètent aussi. Fascinée jusqu’à l’obsession par les réseaux sociaux, mais aussi férue d’édition, l’artiste se situe à un croisement qu’elle résume en une formule : « Imprimer l’Internet. » Stéfanie Tremblay sent toutefois un appel de la matière qui lui fait penser que True Colors (and that’s why I love youentame la fin de ce cycle.  

« J’ai une relation d’amour-haine avec le web. (…) Je sens que ça tire à sa fin. J’ai envie de travailler avec la matière mais je suis tellement coincée avec mon ordi, avec Photoshop et InDesign et internet… On dirait que j’y reviens tout le temps mais il faudrait que je fasse quelque chose de mes mains! » 

D’ailleurs, l’exposition présentée ce mois-ci accorde beaucoup d’espace au texte. Par le biais d’une rédaction automatique, Stéfanie Tremblay a voulu donner accès à la nature à la fois virtuelle et charnelle qui caractérise son travail. C’est aussi pour elle l’occasion de faire un bilan sur une démarche qu’elle creuse avec succès depuis de nombreuses années déjà.   

« Le texte contient ce que je vivais et ce à quoi je pensais en concevant cette exposition. Je n’ai pas d’atelier physique, mon atelier c’est mon Mac. Ça parle de ma relation avec les écrans, écrans d’ordinateur ou de Karaoke. Je pense qu’on a rarement l’occasion de rentrer autant dans la tête de l’artiste. Je ne me suis pas censuré. » 

En discutant avec Stéfanie Tremblay, on perçoit son bonheur d’exposer dans son alma mater. Ses œuvres remplies d’humour, faites d’une poésie insoupçonnée, vous attendent à l’Oeuvre de l’Autre jusqu’au 6 février.

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