//Alpinisme au féminin: Monique Richard

Alpinisme au féminin: Monique Richard

En tant que passionnée de montagnes et ancienne activiste féministe, j’ai décidé d’interviewer et de vous faire connaître une femme alpiniste qui adore les défis. Monique Richard, qui a gravi les hauts sommets de ce monde (Everest, Makalu, Kilimanjaro) a généreusement pris le temps de me parler de sa passion.

Par Olivia Brassard

Question : Quand et comment avez-vous découvert cette passion?

Réponse : En fait, tout a commencé dans le bureau de ma psychologue. À l’époque, j’étais propriétaire d’un bistro, une situation qui ne me rendait pas heureuse. C’est après avoir exprimé à ma thérapeute mon besoin de simplicité, de voyage et d’authenticité que cette dernière me met la puce à l’oreille : le chemin de Compostelle! En moins de deux mois, j’ai vendu mon bistro et je suis partie seule sur les routes d’Europe pour parcourir 1 600 kilomètres en 8 semaines.

L’alpiniste Monique Richard, dans son élément. Photo: Courtoisie

La découverte de la montagne arrive tardivement avec la randonnée GR20 en Corse, un des treks les plus sportifs avec ses 200 km de montagnes russes. Je découvre enfin mon bien-être dans cet environnement. Je sentais tout mon potentiel s’animer et j’ai voulu aller plus haut! En 2009, le Kilimandjaro sera ma première expérience en altitude. Ce fut le coup de foudre!

Après le Kilimandjaro, j’ai poursuivi le défi des 7 sommets qui consiste à gravir les plus hautes montagnes de chaque continent, et j’ai effectué une trentaine d’ascensions majeures dans différentes régions du monde.

Q : L’alpinisme est un domaine accaparé majoritairement par les hommes. Y a-t-il des difficultés à surmonter pour les femmes?

R : Le monde de l’alpinisme est effectivement un monde très masculin, voire parfois macho. Les femmes y sont peu nombreuses et doivent redoubler d’ardeur pour s’y tailler une place et gagner le respect de leurs pairs. Constamment au cours de mon parcours d’alpiniste, pratiquement lors de chaque expédition, j’ai dû faire face à l’adversité, affronter des regards réducteurs, subir des railleries ou être déconsidérée par mes collègues alpinistes masculins.

Lors de la dernière Journée internationale de la montagne, j’ai d’ailleurs écrit un éditorial à ce sujet. Son titre : Une alpiniste dans un monde d’« all penis »!

Q : Quelle expédition vous apporte le plus de fierté?

R : C’est sans contredit ma récente ascension en solo de la plus haute montagne du Canada, en mai 2018, le mont Logan, au cœur du Yukon, culminant à 5 959 m. Peu de gens le savent, mais il s’agit de la montagne ayant la plus grande circonférence de base au monde. C’est un immense massif montagneux, en plus d’avoir un climat extrêmement redoutable avec plus de 300 jours de tempête par année.

Lors de cette expédition qui fut l’apothéose de mon parcours d’alpiniste, non seulement j’étais seule, mais la montagne était quasi déserte, car c’était l’année suivant le 150e du Canada, où plusieurs expéditions avaient été organisées. En 2018, mon désir de liberté fut plus que comblé, car mon projet en solo devint solitaire!

Ce fut un grand défi pour moi; j’ai dû me faire confiance et croire au fait qu’une femme pouvait avoir l’audace de tenter un solo sur cette montagne, d’user de stratégie et d’adaptabilité, de discernement, d’autonomie; j’ai dû puiser dans mes ressources intérieures et tout mon bagage d’expérience pour réussir cette ascension.

De plus, l’isolement exceptionnel, le froid extrême, le terrain miné de crevasses et de séracs, le risque d’avalanche et une météo redoutable furent autant de conditions adverses qui m’ont permis de me mesurer à moi-même comme jamais auparavant, et cela pendant 19 jours.

En raison de plusieurs facteurs, j’ai pris la décision d’appeler les secours; pour certains, ce n’est pas une réussite, mais tout dépend du point de vue.

En mon for intérieur, c’est une réussite, car personne n’était allé aussi loin en solitaire sur le mont Logan via la Kings Trench, mais surtout,je n’ai pas franchi le point de non-retour : j’ai respecté mes limites et la montagne.

Au-delà du sommet, il y a la valeur du parcours et d’une histoire profondément humaine. Ce fut une expérience unique qui démontre qu’une femme peut avoir l’audace de tenter une telle expédition, se faire confiance et avoir suffisamment de discernement et de stratégie pour poursuivre son aspiration profonde.

Q : Projetez-vous de faire l’ascension d’autres montagnes prochainement?

R : Bien sûr! C’est ma plus grande passion! Une passion viscérale qui répond à mes aspirations les plus profondes.

Notre planète compte 14 montagnes ayant une altitude de plus de 8 000 m. J’en ai complété 2 (Everest et Makalu) et fait une tentative sur le K2. Mon objectif ultime est de faire l’ascension de ces 14 montagnes, toutes situées en Asie, dans l’Himalaya et le Karakoram.

De plus, de nombreuses autres montagnes me passionnent et m’attirent aux quatre coins du monde, et j’ai bien l’intention de les explorer quand l’occasion se présentera!

Bien sûr, le défi reste toujours l’aspect financier et les coûts liés à ces expéditions d’envergure, mais j’ai confiance de réussir à trouver le financement.

Q : Quels conseils donneriez-vous aux femmes alpinistes qui débutent? R : Être audacieuses! Malgré les découragements, les obstacles et les difficultés.  Ne pas avoir peur de foncer et de tailler sa place dans ce monde masculin et ne pas tenter de faire les ascensions à la façon des hommes, mais bien embrasser leur nature féminine avec toutes ses forces et ses particularités uniques! Être persévérantes; être solidaires car nous ne sommes pas nombreuses dans ce domaine; savoir s’inspirer d’autres alpinistes et mentors dans différents domaines; être très disciplinées et ne pas négliger l’entrainement et la préparation physique et mentale.