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Bundymanie

Netflix a récidivé : après Bird Box, le nouveau truc à voir, c’est Conversations with a Killer : The Ted Bundy Tapes, un documentaire mettant en vedette Ted Bundy, le célèbre tueur en série. Quand je dis « mettant en vedette », je veux vraiment dire « mettre en vedette ». Une vedette, pas de doute, Bundy en est une. Et c’est ce qui est dérangeant quand on écoute les Bundy Tapes.

Par Émilie Morin

Image: Netflix

The Ted Bundy Tapes, c’est un documentaire qui s’orchestre autour d’une série d’enregistrements audio obtenus par un journaliste états-unien lorsque Bundy était en prison, en attente de la peine de mort. Plutôt que de miser sur l’angle sensationnaliste du tueur dépravé, nécrophile, comme nombre de documentaires l’ont fait par le passé, la minisérie de Netflix se concentre plutôt sur la personnalité de Bundy. À l’aide non seulement des enregistrements audios, mais aussi de nombreux extraits vidéos, on découvre le charisme mythique que dégageait le tueur ; un pouvoir d’attraction qui a fait en grande partie sa réputation. Un charme qui dérange, encore aujourd’hui. Au-delà de cette attraction malsaine, on est également en droit de se demander la pertinence de ramener un tel personnage au cœur de l’actualité. Plusieurs tueurs en série ont été documentés au fil du temps, mais il est difficile d’en trouver un qui aurait autant apprécié cette attention que Bundy l’aurait fait.

Personnellement, en écoutant la série, j’éprouvais une vague culpabilité à l’idée que Bundy aurait certainement adoré faire la une de l’actualité à nouveau. Environ 40 ans après sa mort, cela aurait de quoi flatter son narcissisme. En fait, le documentaire choque à la fois par son contenu, mais aussi par sa forme. Le simple fait qu’on documente la vie (et la mort) de cet homme est choquant en soi. Pourquoi le faire? Une question à laquelle Joe Berlinger serait probablement en mesure de répondre, lui qui est le directeur de Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, un autre film biographique à propos de Bundy, qui sortira prochainement.


Faire violence aux femmes

D’un autre point de vue, le fait que l’on soit capable de glorifier une telle personne, de la respecter au point de faire des films à son sujet, n’est-ce pas une sorte de conséquence à la culture du viol? On choisit délibérément d’ignorer les victimes de cet homme pour se concentrer sur celui-ci. Est-ce que c’est un produit de notre amour du sensationnalisme, ou une conséquence de cette habitude sociétale que nous avons d’ignorer nos femmes? Est-ce qu’on manque de respect aux victimes de Bundy en ne sachant rien à leur sujet, mais tant de choses à propos de leur tueur? Plus récemment, à la suite de drames meurtriers, on a vu surgir des mouvements sur les réseaux sociaux demandant à ne pas faire circuler le nom du tueur, mais plutôt celui des victimes. N’est-on pas là au plus clair de notre hypocrisie? Quelle est la différence entre le comportement des médias qui couvrent une fusillade, s’attardant aux détails sanglants de celle-ci, fouillant dans la vie du tueur pour en faire un terroriste ou une victime de la maladie mentale, et le nôtre, lorsque nous fouillons dans la vie de Ted Bundy dans l’espérance de… quoi en fait? De comprendre? De rationaliser des actes qui ne peuvent pas l’être? Qui sait.


Un attrait qui dure

Certains regarderont probablement les Bundy Tapes pour comprendre l’attrait de cet homme, dont le charme a fait la « légende ». Si on s’intéresse encore à Bundy après plus de 40 ans, on n’a certainement pas besoin d’un documentaire pour se prouver qu’il était charismatique et envoûtant. Le fait qu’il fasse l’objet d’une telle recherche est en soi une preuve de cet attrait qui perdure. Et même si la nécessité d’une telle production est douteuse, force est de constater que les Bundy Tapes nous montrent extrêmement bien le phénomène Ted Bundy.