Les gueux mènent le monde au Théâtre CRI

L’Opéra des gueux, la nouvelle création du Théâtre CRI, prenait l’affiche de la Salle Pierrette-Gaudreault le 15 mars dernier. La comédie musicale satyrique concoctée par la troupe jonquiéroise fera grincer les dents jusqu’au 30 mars. 

Par Stéphane Boivin

Photo: JM decoste

Le choix de monter cette opérette écrite par l’Anglais John Gay en 1728 a de quoi étonner. Campée dans les bas fond d’une Londres sordide, dans le cœur crasseux de l’empire, la comédie dépeint les entourloupes d’une bande de voleurs et de prostituées. On réalise bientôt que ce petit monde interlope représente un pouvoir qui correspond en tout à celui des grands de ce monde. Une morale aussi : envie, lubricité et luxure sont les acabits des lords comme des assassins.  

C’est donc par la corruption et la déchéance que L’Opéra des gueux rejoint notre année. Entre 1728 et 2019, le rire est probablement le même : jaune, vaguement désespéré.  

La 24ième production du CRI réuni une équipe extrêmement talentueuse et versatile autour du metteur en scène Éric Chalifour. Comédiens et musiciens s’échangent les rôles sous la lumière élégante d’Alexandre Nadeau, habillés des costumes bigarrés de Guylaine Rivard et dans la riche scénographie de Serge Potvin.  

Pour cette interprétation du texte de Gay, la troupe s’est donné la mission assez folle de composer sa propre musique et de l’interpréter sur scène. Le défi est plutôt bien relevé à travers des influences bluesées ou traditionnelles. L’aspect musical est surtout pris en charge par Bruno Chabot et Jean-Simon Boulianne, mais tous les comédiens y collaborent à un moment où l’autre. Cette osmose entre jeu et musique rappelle le travail de L’Orchestre d’hommes orchestres, même si la finesse des images de cette compagnie de Québec reste inégalée. 

Photo: JM Decoste

Sur la vaste scène de la salle Pierrette-Gaudreault, les interprètes doivent être légèrement amplifiés par rapport aux instruments. Si l’effet est très discret, il demande un fin équilibre qui n’était pas toujours atteint le soir de la première, le texte devenant parfois inaudible.   

À travers une distribution aux rares faiblesses, certains saltimbanques brillaient particulièrement ce soir-là. Le geôlier taré de Christian Ouellet était hilarant de précision burlesque. Le trio des prostituées, interprétées par Marilyne Renaud, Caroline Tremblay et Florence Boudreault, était d’une redoutable efficacité. Cette dernière, revenue récemment dans la région, n’avait rien à envier à la performance de ses collègues d’expérience.  

On passe un excellent moment au Théâtre CRI en ce moment. Sans prise de tête et avec beaucoup de talent, L’Opéra des gueux est une création aussi divertissante qu’insolite dans le paysage théâtral de la région. 

L’Opéra des gueux, jusqu’au 30 mars