Censure et liberté d’expression

Au cours de l’histoire littéraire, plusieurs œuvres ont fait l’objet de censure. Certains auteurs furent même interdits, et leurs livres bannis. Puis, avec les années, ces mêmes livres ont refait surface et les gens ont pu les lire. Aujourd’hui, en 2019, à une époque où on milite pour la liberté d’expression, comment se fait-il que la censure recommence à devenir acceptable? Comment se fait-il qu’on l’accepte aussi facilement, alors qu’on devrait tenter de se dresser contre les censeurs qui tentent de nous faire taire et de brimer nos représentations artistiques! 

Par Jessica Roy-Vachon

Dernièrement, un livre assez populaire a fait l’objet de critiques sévères, ce qui m’a menée à me questionner sur ce qu’on peut dire ou écrire en 2019. À une époque où la liberté d’expression est aussi importante, y a-t-il une limite qu’il ne faut pas dépasser? Y a-t-il des sujets qu’on ne doit pas aborder? Alors qu’on voit des meurtres à la télé et dans les livres, ainsi que des scènes de nudité, pourquoi certains sujets sont-ils plus sensibles que d’autres? Est-ce que ce sont les sujets qui sont choquants ou bien est-ce que ce sont seulement quelques personnes qui ne veulent pas qu’on aborde de telles choses? 

Photo: Jason Leung / Unsplash

Prenons par exemple le cas du livre Hansel et Gretel de la série des Contes interdits. Dans ce livre, il y a un passage où on décrit explicitement le viol d’une fillette de 9 ans. À la suite de la lecture de ce livre, une enseignante (qui l’a lu avant de le faire lire à ses élèves) a fait une plainte. Suite à cela, une enquête a été ouverte et l’auteur a été arrêté. Tous les exemplaires non vendus du livre ont été remis à la police. Une enquête est en cours pour incitation à commettre un crime grave à travers une œuvre de fiction. L’auteur est également accusé de production et de diffusion de pornographie juvénile. Pourtant, il est bien écrit sur le livre que c’est pour un public averti de 18 ans et plus. 

Ne vient-on pas ici censurer une œuvre de fiction? Cela veut-il dire que les auteurs et les éditeurs ne pourront plus publier des œuvres dans lesquelles ils mettent en scène des personnages qui commettent des crimes? Et les lecteurs, se verront-ils accuser s’ils se procurent ces œuvres? Va-t-on commencer à dire aux auteurs et aux artistes quoi faire ou ne pas faire? Il ne faut pas oublier qu’une œuvre de fiction reste une œuvre de fiction : les auteurs ne cherchent pas à encourager les crimes ni à banaliser les meurtres, les viols ou autre. Pareil pour un artiste : ce n’est pas parce qu’il peint une scène violente, qu’il incite les gens à la violence. Leur travail provient de l’imaginaire, ce n’est pas réel, même s’ils parlent de quelque chose qui existe. L’auteur d’un livre n’est pas le personnage, il ne commet pas un crime et n’a pas non plus l’intention de le faire. 

Alors, jusqu’où peut-on aller? Que peut-on faire ou ne pas faire? Pourquoi censurer certaines œuvres et pas d’autres tout aussi explicites? Tout cela mène à la réflexion. Est-ce qu’on va se remettre à censurer et à interdire la diffusion de certaines œuvres pour ne pas choquer, ou va-t-on laisser les artistes s’exprimer librement? Est-il plus important de laisser place à la censure ou à la liberté d’expression? À nous de voir!