L’art au féminin

Au mois de mars ont eu lieu les vernissages d’étudiant.es à la maîtrise en Arts de l’UQAC, dont faisaient partie ceux d’Izabelle Girard et Isabelle Brassard (alias IBelle). 

Par Emmanuel Trotobas

Izabelle Girard présentait « Lancements intimes ». L’étudiante, lors de sa performance, tirait des briques, ou encore déplaçait une table. 

Performance d’Izabelle Girard. Photo: Fréderic L. Tremblay

Au-delà de cette description simple, elle montrait avec des symboles un quotidien chargé, celui d’une mère monoparentale qui a cheminé un parcours en émotion et en conscience. Cette exposition en tant qu’artiste et adepte du yoga fait ressortir toute son adaptation en souplesse avec les objets du quotidien (table, coussins, électroménagers), et on peut y entendre plusieurs voix : la sienne et celle d’enfants. Elle montre comment elle sait jongler avec les différentes facettes de la vie, comment elle doit s’affirmer dans ses divers rôles : de femme, de mère, d’artiste, d’être en cheminement. 

IBelle présentait son parcours à travers les vestiges, lieu de traces de passage, puis la forêt, et finalement la plage. L’étudiante passait de la nudité d’un ver de terre à un corps transformé tel celui d’une chrysalide devient papillon ou fantôme, ou autre être libéré… 

Performance d’Ibelle Brassard. Photo: Fréderic L. Tremblay

Au-delà de cette simple description, il faut un peu se rappeler son parcours : durant les deux dernières années, il s’agissait d’actes poétiques tels que « Phénoména », où IBelle explorait son vécu corporel dans son rapport à l’espace, aux autres et au temps. Cette citation était insérée dans la présentation de la performance d’alors : « Les frontières du moi doivent être durcies avant d’être assouplies. Une identité doit être établie avant d’être transcendée. On doit se trouver soi-même avant de pouvoir se perdre. » (Scott Peck, 1987) 

Ces deux artistes, collègues et collaboratrices ont pu parler de la place de femme, d’artiste, en relation ou non, considérant l’aspect de la présence ou de l’absence d’un partenaire dans leur parcours, surtout leur parcours intérieur, où pouvaient se percevoir des états de pleine conscience. Plus largement, leur émancipation peut être prise en compte au niveau social. En tant que femme, comment évolue-t-on avec le regard de l’autre ou avec son absence, son assistance ou non? Leurs présentations font état de leur vulnérabilité tout en prônant les êtres qu’elles sont, se libérant de schémas individuels lourds. Elles véhiculent individuellement une promotion de l’Art au féminin, habitant l’espace dans leur corps réapprivoisé, accompagnées de symboles forts. C’est l’expérience de la femme monoparentale, artiste. C’est le défi incarné contre les mensonges du romantisme. 

Les deux parcours font état de beaucoup d’introspection. On parle d’explorations intérieures avec des yeux critiques, une conscience aiguisée regardant les traces des passages dans les origines, dans des lieux aussi différents qu’un logement ou qu’un bout de forêt, ou encore une plage. Ces performances ont été les aboutissements de parcours, de défis où se côtoyaient des moments de rencontres intérieures et extérieures entre force et vulnérabilité, entre intimité et individualité oubliée.