//L’avenir sous différents angles

L’avenir sous différents angles

Claude Villeneuve, chercheur à l’UQAC, dit que pour sortir d’un système destructeur dans lequel nous sommes enfoncés, il nous faut envisager l’avenir autrement, d’une façon plus circulaire et renouvelable que celle, linéaire, dans laquelle le futur est imbriqué. Même s’il semble neutre quant aux projets d’Arianne Phosphate, de Métaux Black Rock ou encore de GNL (car ils font des efforts de développement durable, tel qu’ils le disent eux-mêmes), ces projets sont selon moi destructeurs. 

Par Emmanuel Trotobas

Il dit encore, et cela est très intéressant, que l’avenir n’est pas la répétition du passé. Il le scande, même. On entend pourtant souvent un son de cloche différent. Et les avertissements de l’Histoire sont là. On parle de la montée du fascisme. N’a-t-on pas déjà vu de tels événements se produire à peu près de la même façon? Il y a un schéma, un mécanisme de mise en place d’un phénomène. Ce qui s’est passé en 1933 en Europe paraît soudainement beaucoup plus proche. On se souviendra du pourcentage de votants. Ainsi que de la place des médias. 

Évidemment, c’est différent. Il y a du nouveau. Ce n’est pas un copier-coller exact de ce qui s’est passé il y a presque 80 ans pour un phénomène ou 230 ans pour un autre (pour faire référence aux événements de France). Il peut y avoir des similitudes. Comme Claude Villeneuve le dit, ce n’est pas complètement linéaire. Il ne faudrait cependant pas exclure le fait qu’il y a des répétitions, même dans les nouvelles versions. Pour ne pas répéter les erreurs, alors qu’aujourd’hui est déjà différent d’hier, des groupes travaillent par exemple sur le mode de scrutin, un facteur important qui pourrait changer la donne électorale. D’autres travaillent sur d’autres sciences, dont la génétique. Là encore, il faut être vigilant. C’est précisément là que pourrait se jouer notre avenir : dans notre vigilance. Vigilance dans ce que nous ingérons et comment nous faisons évoluer nos sciences et notre conscience. L’intelligence artificielle est un sujet préoccupant. Faisons-nous assez preuve d’éthique ou nous laissons-nous trop vite aller? Google a récemment créé un comité afin de se pencher sur la question. Les grands systèmes économiques sont éprouvés, notamment celui du capitalisme face à la grande crise écologique mondiale. Les grands ensembles politiques le sont également : l’Europe, le multilatéralisme onusien… 

La jeunesse, dit-on, prend le flambeau de l’espoir, avec un certain cynisme toutefois, critiquant la classe politique inactive ou démagogue. Les marches pour le climat se multiplient. Le climat, lui, s’emballe.  

Alors que les manifestations pour la journée mondiale de grève pour le climat se déroulaient le 15 mars dernier, l’ONU a publié un rapport qui scelle l’avenir de l’Arctique. La fonte rapide du pergélisol, qui libère des quantités considérables de carbone et de méthane, pourrait même accélérer le changement climatique et faire dérailler les efforts pour atteindre l’objectif à long terme de l’accord de Paris et limiter la hausse de la température mondiale sous les 2 °C. 

Les conséquences seront dévastatrices pour les populations locales et pour le reste du monde. 

L’avenir est donc incertain. On le voudrait radieux, chantant. Cyril Dion, réalisateur de Demain, considère, parmi d’autres, que nous sommes déjà dans la phase d’effondrement. 

Au moment de la signature de la COP 21, des contrats d’approvisionnements de gaz de schiste américain ont été signés par des entreprises françaises : « Malgré leur soutien affiché à la maîtrise du réchauffement climatique, de gros groupes pétroliers et gaziers veulent étendre leurs opérations en énergies fossiles. » (Le Monde) 

Je reste encore surpris par la nouvelle selon laquelle un nouveau sommet pour l’environnement verrait le jour à Montréal (La Presse), même si j’aurais tendance à dire que plus rien ne m’étonne. Les ministres fédéral et provincial de l’environnement veulent-ils montrer un visage enfin enclin à la promotion de l’environnement? Ils font passer l’économie en priorité la plupart du temps, il me semble, étant des ministres à la solde de gouvernements libéraux ou conservateurs, loin d’être les Nicolas Hulot de ce monde. Cela me rappelle la promotion par le président français de l’événement ONE Planet Summit, en septembre 2018. Macron y fut sacré « champion de la Terre »! 

Lorsque Greta Thunberg est vue comme instrumentalisée par la gauche, on est encore dans des luttes de clans. On fait face à des luttes raciales et religieuses et l’on monte aux barricades, on descend dans les rues. Les inégalités décrites dans des livres comme celui d’Alain Denault sur les paradis fiscaux ne font pas beaucoup remuer le monde, paraît-il. Que faut-il de plus? Je ne sais pas. Ce que je vois, c’est qu’il faut être très vigilant par rapport aux positions que l’on peut prendre, sur les mots que l’on peut employer, les photos ou musiques que l’on peut diffuser. Les réactions sont vives, et la susceptibilité est de mise. Notre vigilance doit être accompagnée de bienveillance et observer l’invisible. Il faut aller au-delà des apparences. Être vigilant dans l’invisible, c’est se préoccuper de notre conscience. On dit souvent que les pensées font les gestes, qui font les habitudes. Ainsi se matérialisent les routines. Lorsque la conscience est là, on ne parle plus de la ruine de l’âme.