//Le premier recteur se souvient

Le premier recteur se souvient

Dès 1959, un groupe de notables saguenéens se rassemblait sous l’appellation de Groupe Saint-Thomas afin de réclamer une université régionale. Il aura fallu le temps d’une révolution tranquille pour que l’UQAC ne voit finalement le jour en 1969, dans l’urgence caractéristique de l’implantation du réseau des universités du Québec. À 94 ans, André Desgagné, premier recteur de l’institution, garde des souvenirs très clairs des débuts de l’aventure. 

Par Stéphane Boivin 

Ce sont 857 étudiant.es qui se présentent en septembre 1969 à l’Université du Québec à Chicoutimi, alors basée au premier étage de l’ancien orphelinat de la rue Jacques-Cartier (aujourd’hui l’édifice CGI), dans des locaux vétustes mis à niveau à la hâte. Trente-et-un programmes de baccalauréat sont dès le début enseignés par une cinquantaine de professeurs.  

Le recteur André Desgagné au cours de son mandat (1969-1974). Photo: Courtoisie

« Le premier obstacle a été l’urgence », se souvient André Desgagné. « Je suis rentré comme recteur en avril et on devait donner les premiers cours en septembre : recruter les professeurs, autant que possible détenteurs de doctorats, regrouper la main d’œuvre puisqu’on regroupait cinq unités qui existaient déjà. Il fallait recruter ces gens, du menuisier en passant par la cuisine jusqu’aux professeurs. Au début, j’étais le seul à pouvoir le faire. J’avais les dossiers devant moi dans un petit bureau d’une aile désaffectée du cégep… » 

Il se souvient de la grande simplicité de ces débuts où il arrivait que des candidats le prennent pour un concurrent. La rentrée de septembre 1969 s’est néanmoins déroulée comme prévu. 

« Ça a été un succès fou. Je me souviens d’avoir vu les voitures s’échelonner de l’entrée de l’université jusqu’à la rue Jacques-Cartier. J’avais été étonné de voir la première rentrée. » 

Le Pavillon principal en construction en 1973. Photo: Courtoisie

Dès 1969, l’UQAC tisse des liens avec le milieu, notamment industriel, avec la reconnaissance de la multinationale Alcan (aujourd’hui Rio Tinto) qui l’intègre à son programme de bourses. En 1970, la Fondation de l’UQAC est mise sur pied afin de financer la recherche à caractère régional. La même année, le gouvernement fait l’acquisition des terrains sur lesquels se déploiera le campus que l’on connaît.  

Université à la saguenéenne 

André Desgagné se souvient d’une population curieuse et informée. Son fort esprit régionaliste n’a pas échappé au premier recteur qui déclarait dans la revue Réseau d’octobre 1969 : « Le contexte historique, géographique et psychologique ainsi que le désir d’autonomie des professeurs se traduisent aussi par le besoin (…) de gérer l’université dans laquelle ils oeuvrent. » Une gestion participative qu’il remettait toutefois en question à la fin de son mandat en 1974. 

Cinquante ans plus tard, il parle en terme élogieux de son arrivée dans la région. « C’étaient des gens plus éveillés que dans nos grandes villes. Beaucoup plus éveillés aux idées nouvelles. Pour moi c’est un retour agréable. Je retrouve le sens de l’accueil qui me rappelle mon arrivée ici, avec ma petite famille. Je connaissais la région mais pas les lieux comme je les ai connus ensuite. J’avais entendu parler du groupe Saint-Thomas mais sans plus. Je savais que c’était un pays, je dis bien un pays, cultivé et aimant la culture. Mais je ne l’avais jamais éprouvé dans ma vie propre. » 

Le résident de Québec a répondu à nos questions lors de son passage à l’UQAC à l’occasion du lancement des festivités du cinquantième anniversaire, le 22 mars dernier. Quelques minutes avant de s’adresser à l’assemblée, il nous décrivait ses impressions ainsi : 

« Je vois les résultats de la recherche, des professeurs qui ont de fortes renommées internationales. J’entends dire toutes sortes de choses, que des étudiants de partout décident de venir étudier en région, particulièrement ici à Chicoutimi. Ça m’indique que l’université a une certaine renommée, un certain prestige. Je vais employer des termes excessifs… mais pas trop! Je trouve que c’est prodigieux… et céleste. » 

54 000 diplômés plus tard, souvent de première génération universitaire, les termes choisis par André Desgagné ne nous semblent pas excessifs. Il suffit d’imaginer une région sans UQAC pour adhérer à la vision humble de ce bâtisseur.