Denys Tremblay

Si le Fjord était une monarchie

Retour en force de l’artiste, professeur émérite et Majesté de l’Anse-Saint-Jean au Centre Bang. Bang! Souriez – Le retour du Roi nous arrive un peu plus de vingt ans après l’accès au trône  de Denys 1er.  Jusqu’au 21 septembre, l’artiste Denys Tremblay jette donc un coup d’œil en arrière.  Mais c’est pour mieux sauter tous oripeaux dehors.  

Par Stéphane Boivin

L’Illustre inconnu est l’un des avatars utilisés par Denys Tremblay. Photo: détail de l’exposition présentée à Bang, CEUC

Traité comme un idiot du village par les porcs de la radio poubelle, lapidé sous le chef de la crétinerie dans les années 1990, Denys Tremblay n’a pourtant jamais douté d’avoir raison. Sa posture insaisissable a porté ses fruits bien au-delà du Saguenay et du Lac. 

Pour preuve : la lignée est aujourd’hui limpide, qui coule vers les Julien Boily, Sonia Boudreault, Étienne Boulanger, Cindy Dumais ou Mathieu Valade. Une descendance de forme ou de cœur que tous ces artistes ont exprimé avec émotion lors du vernissage en juin dernier. 

Les disciples de celui qui enseignait à l’UQAC dès ses 26 ans sont devenu.e.s ses mécènes ou ses bougies d’allumage pour ce qui viendra.  

Bang! Bang! Bang! Bang! 

Sous un verni d’excentrisme et de hippisme, la lueur punk du Roi fou ne tarde pas à briller dans les œuvres présentées au Centre Bang. L’esprit subversif, teinté de politique autant que d’humour, fait du bien à voir chez un artiste, il faut le dire, boomer. Ce serait en soi une raison suffisante d’aller visiter l’exposition. 

 « Je suis content parce que je crois que c’est la plus belle exposition que j’ai faite. Il y a beaucoup,  beaucoup de choses. C’est un grand voyage », nous glisse-t-il, souriant, en accueillant le public nombreux. 

Ce voyage est au moins aussi drôle que la diffusion de son couronnement, le jour de la Saint-Jean-Baptiste de 1997, en direct d’un bateau sur le fjord du Saguenay. Pendant des heures, sur une chaîne parlementaire fédérale, cette cérémonie digne de Nottingham Palace,  budget en moins, fut diffusée coast to coast. Parce que le Roi a beaucoup plus d’humour qu’il n’en a l’air.  

C’est au moins aussi violent que l’assassinat à bout portant du cadavre de Sa Majesté l’Histoire de l’art au Centre Georges-Pompidou en 1983. 

Au moins autant gravé dans la mémoire populaire qu’une sculpture du Symposium international de culture environnementale organisé par un Illustre inconnu en 1980 à la Pulperie de Chicoutimi.  

Tragi-comique et politique comme l’enterrement du canadien français, motif de sa toute première exposition.  

Dans le rétroviseur 

Cette vie de coups d’éclats artistiques, archivés, annotés, découpés, a nourri l’exposition de 2019. Celle-ci n’a cependant rien d’une rétrospective nostalgique. Les œuvres, surtout imprimées, tiennent bien souvent du meme. L’artiste traverse les registres par la répétition et l’abondance d’images. Les œuvre ont une saveur naïve qui s’outille en réalité d’un réseau complexe d’autoréférences.  

Un peu partout, des reliques monarchiques côtoient les images de leur pouvoir autoproclamé. Avec ce Roi-là, comme avec les autres, il faut adhérer aux postures narcissiques pour percevoir le bien fondé des pouvoirs. À partir de là, le voyage est fascinant.  

Denys Tremblay croit que les périphéries, sous toutes leurs formes, sont en train de reprendre leur droit. Un changement de paradigme qui l’inspire plus qu’il ne l’effraie; l’artiste et le Centre Bang nous promettent une sorte de monarchie 2.0 cet automne  

Qui saurait prédire quel rituel païen Denys Tremblay nous prépare derrière sa barbe?