Les conséquences des grands groupes

Les conséquences de grands groupes sont nombreuses, à commencer par les approches pédagogiques dont disposent les professeurs et chargés de cours. Une plus grande rigidité de la part de l’administration, qui fait pression pour augmenter la taille des groupes, affecte la qualité de l’enseignement ainsi que la réussite des étudiants. 

Par Julien Gauthier

Des conséquences sur l’apprentissage 

Selon Stéphane Allaire, professeur à l’UQAC, les études tendent à fixer le seuil critique à 40 à 50 élèves dans une classe. Au-delà de ce nombre, la qualité de l’enseignement ainsi que la motivation des étudiants tendent à diminuer. Le risque de décrochage est ainsi plus élevé. « Enseigner est une démarche de planification structurée, explique Stéphane Allaire. Dans des cours de médecine, personne n’oserait penser qu’on peut former un médecin simplement en faisant des conférences. Il faut lui donner un bistouri en main! »  

Nicole Monney, professeure à l’UQAC, explique que les conséquences peuvent prendre différentes formes : « Il y a plus de tricherie au sein de grands groupes. Par exemple, plutôt que faire des exposés oraux, il faut faire des examens axés sur les connaissances et, dans ceux-ci, des questions à choix multiple. Dans le baccalauréat en éducation, avec des classes bondées, d’aucune façon je ne peux vérifier si les futurs enseignants sont en mesure de planifier des situations d’apprentissage, tel qu’ils seront appelés à le faire dans leur future carrière. » 

Elle ajoute que les étudiants ayant un TDAH peuvent être distraits plus facilement dans des grands groupes, en raison des chuchotements ou encore des bruits de crayons, par exemple. 

Une étude a été réalisée en 2013 par le Comité de pédagogie universitaire auprès des étudiants de l’UQAC, afin de savoir si leur niveau de motivation était influencé par la taille des groupes. 

On y apprend que « les étudiants passent souvent dans l’anonymat [dans des grands groupes]. Si l’étudiant est absent […], ni le professeur ni ses pairs ne risquent de s’en rendre compte, ce qui vient réduire son sentiment d’appartenance au groupe et son sentiment d’engagement envers les apprentissages à réaliser ». 

En outre, l’étude conclut que pour soutenir l’engagement de l’étudiant, le professeur doit utiliser des approches personnalisées, telles qu’apprendre les prénoms des étudiants et leur permettre de travailler et de discuter en sous-groupes, ce qui est difficilement réalisable dans un contexte où les groupes sont trop grands. 

Plus de cas pédagogiques 

Selon Fabien Poirier, vice-président aux affaires pédagogiques du MAGE-UQAC : « Les étudiants sont inquiets. Ils se font promettre une université à taille humaine. Ils voient l’offre de cours diminuer et la taille des groupes augmenter. Par ailleurs, on constate une corrélation entre un nombre de cas pédagogiques élevés et un groupe nombreux ». 

La formation à distance dans les programmes les plus populeux pourrait-elle être une solution à envisager? L’UQAC en est à ses premiers balbutiements en la matière.  Néanmoins, ce mode de fonctionnement récemment mis en place par l’UQAC reçoit un accueil mitigé chez certains professeurs. « L’UQAC 15 ans en retard dans ce domaine », affirme Stéphane Allaire. Pour Gilles Imbeau, président du syndicat des professeurs, « ce n’est pas notre marque de commerce ».