Hélène Vézina honorée par le Réseau

Démographe et professeure à l’UQAC, Hélène Vézina s’est mérité un prix d’excellence en recherche et création du réseau de l’Université du Québec, volet création. Ce prix souligne la réalisation d’un projet impliquant le fichier de population BALSAC, qu’elle dirige depuis 2010. Le projet inaugure des perspectives de recherche passionnantes dont la récipiendaire du prix a donné un aperçu au Griffonnier.

Par Stéphane Boivin 

Photo : Courtoisie

Hélène Vézina, son équipe et des collaborateurs de l’Université de Montréal et de l’UQTR, ont ainsi été récompensé.e.s pour la construction de l’Infrastructure intégrée des microdonnées historiques de la population québécoise (IMPQ). Ce projet consistait à rassembler des données généalogiques issues des registres civils et religieux avec celles colligées par les recensements nationaux. 

En honorant les travaux de madame Vézina, le réseau soulignait qu’ « avec l’IMPQ, les chercheurs ont désormais accès à un vaste ensemble d’informations biographiques pour l’étude des populations historiques sur la base des trajectoires individuelles au sein des familles, des ménages et des communautés dans une perspective multigénérationnelle et multidisciplinaire. La professeure Hélène Vézina a su mobiliser les chercheurs et les partenaires et aller chercher les ressources nécessaires à la réalisation de ce projet qui positionne le Québec parmi les rares endroits au monde où il est possible de réaliser des études de population à l’échelle individuelle sur une aussi longue période et prenant en considération des effectifs d’aussi grande taille. » 

Notre entrevue avec Hélène Vézina:

L’évolution technologique des bases de données est un défi technique constant, qui fut d’ailleurs partie prenante du projet IMPQ pour lequel Hélène Vézina vient d’être honorée. Financé par Fondation canadienne pour l’innovation sur une période de quatre ans, le projet consistait à rassembler des données de périodes différentes dans une même infrastructure technologique, puis à les mettre en rapport avec des recensements.  

« Ça peut sembler assez simple, mais vous vous doutez que cinquante ans de développement informatique séparé, ça représente beaucoup de travail d’harmonisation pour offrir une seule infrastructure aux chercheurs », explique Hélène Vézina. 

De nouvelles perspectives 

Des données analogues à celles de BALSAC, mais plus anciennes, étaient recueillies depuis un peu plus de cinquante ans du côté de l’Université de Montréal, dans le fichier du Programme de recherche en démographie historique. Ce dernier se développait parallèlement au fichier BALSAC, dont l’existence est pratiquement aussi ancienne que l’UQAC elle-même.  

Le croisement de ces données avec les données complémentaires des recensements permettra de développer des études au-delà des seuls éléments familiaux, une approche qui minimisait notamment l’accès aux données sur la vie des femmes, décrit Hélène Vézina : « En démographie historique, en histoire sociale, on s’intéresse beaucoup au parcours de vie des gens.

Pour les femmes, enfants, elles portent le nom de leur père, puis ensuite le nom de leur mari, ce qui fait qu’on n’est pas capables de les suivre dans les données de recensement. En combinant ça avec l’état civil, on est capables de voir leur changement de nom, donc de faire des études de parcours de vie sur les caractéristiques des femmes. Alors que jusqu’à maintenant, soit elles sont systématiquement mises de côté parce qu’on n’a pas d’information, ou on leur donne les caractéristiques de leur mari… ce qui n’était certainement pas une force dans les études. » 

La rencontre avec BALSAC 

Si Hélène Vézina dirige le fichier BALSAC depuis 2010, rôle dans lequel elle succédait à Gérard Bouchard, fondateur du fichier, la base de données a eu un rôle crucial dans son parcours professionnel bien auparavant, une découverte qui était pourtant fortuite.  

« Comme bien des choses dans la vie, c’est arrivé complètement par hasard, raconte-t-elle. Je m’apprêtais à entreprendre mon doctorat en démographie à l’Université de Montréal et j’ai rencontré un chercheur qui provenait de la faculté de médecine. Il s’occupait d’un grand projet de recherche qui portait sur la maladie d’Alzheimer. Il cherchait un étudiant en démographie pour reconstruire les généalogies des individus atteints afin de mieux comprendre les facteurs génétiques qui sont en cause. » 

Ce travail devait être fait à partir du fichier BALSAC, qu’Hélène Vézina ne connaissait pas. Elle a accepté de collaborer à ce groupe de recherche, ce qui l’a menée à venir travailler dans la région afin d’exploiter les données du fichier. Un fichier qui était beaucoup moins avancé à l’époque, même s’il existait depuis 1971. 

« Je n’étais pas là au début, mais il semble qu’on trouvait des tiroirs et des fiches! Même qu’il y aurait eu des fiches roses ou bleues selon le sexe des individus répertoriés par les actes de naissance. De nos jours on essaierait d’être un peu plus créatifs, je pense! » s’exclame Hélène Vézina en riant.