Associations étudiantes en crise?

Avec la démission de Véronique Simard, vice-présidente aux affaires externes du MAGE-UQAC, le 3 octobre dernier, l’exécutif élu, normalement constitué de huit membres, n’en compte plus que cinq. À travers une lettre adressée aux associations modulaires du Conseil central, la militante soulève des questionnements sur la réalité actuelle du mouvement étudiant à l’échelle locale et nationale.

Par Stéphane Boivin

Véronique Simard, ex VP aux affaires externes – Photo: MAGE-UQAC

Dans la foulée, par des critiques qu’elle souhaite constructives, Véronique Simard propose des recommandations qui représentent une réflexion en profondeur sur le rôle des associations étudiantes. Accélérer la refonte des statuts et règlements afin d’adapter l’association aux réalités actuelles de la mobilisation est à ses yeux la priorité.  

« Je crois qu’il y a plein de petits trucs au niveau du fonctionnement des instances qui pourraient être révisés, de sorte à favoriser la mobilisation et inciter les gens à revenir au MAGE », explique-t-elle en entrevue au Griffonnier. Même si les statuts et règlements ont été révisés sur une base régulière ces dernières années, Véronique Simard estime qu’il faut aller plus en profondeur : « C’est normal, puisque c’est difficile de prendre un document officiel et de dire « on va faire un 180 degrés ». Mais je pense qu’il va falloir assumer que ça ne marche pas. Tout le Québec le fait en ce moment. Il y a plein d’assos qui repassent là-dessus. » 

Deux militantismes 

Ce qui « ne marche pas », selon Véronique Simard, vient de l’ambiguïté existant entre le rôle effectif du MAGE-UQAC par rapport à la défense de la condition étudiante et la dynamique réelle de la base militante. Pour illustrer la problématique, elle se réfère à un fil directeur historique du mouvement étudiant, soit l’opposition entre concertationnisme et syndicalisme de combat.  

À ses yeux, le premier, avec des visées plus consensuelles, se prêterait au MAGE-UQAC, tandis que le deuxième serait plutôt observable chez les millitant.e.s et les citoyen.ne.s engagé.e.s, deux écoles de pensée qu’il faut pouvoir concilier, selon Véronique Simard : « Les deux ont leurs qualités et leurs défauts. Mais le MAGE est peut-être trop concertationniste pour la base millitante, pour qui c’est moins attirant de rentrer dans la machine. Une grosse machine qui fonctionne de moins en moins, qui a besoin d’un peu d’huile. » 

Cette tension entre deux pôles s’est dévoilée de façon concrète autour de l’engagement du MAGE-UQAC dans la manifestation climatique du 27 septembre. Même si Véronique Simard ne militait pas activement au sein de groupes de pression environnementalistes, sa proximité avec le milieu militant lui a alors valu d’être accusée de conflit d’intérêt par certaines associations modulaires. Une accusation qu’elle comprend, même si elle n’est pas étrangère à sa décision de quitter l’exécutif. 

« J’ai perdu la confiance de beaucoup de gens, d’un côté comme de l’autre. Étant au MAGE, les gens un peu plus militants se méfiaient un peu de moi, ce qui tannant parce que ce sont mes ami.e.s! Et de l’autre côté, même si les étudiants voulaient bien avoir confiance en moi, ça n’a pas empêcher que cette accusation sorte », explique-t-elle. 

Au-delà des personnes impliquées, cette situation a suscité la réflexion de l’ancienne vice-présidente aux affaires externes sur la dichotomie entre la structure de l’association et le militantisme.  

Prioriser 

Pour Véronique Simard, cette structure occupe les élus du conseil exécutif à un tel point que l’aspect mobilisation de sa mission en pâti, ce qui est d’autant plus vrai pour un conseil comptant des sièges vacants. La charge de travail que représente le fonctionnement actuel est considérable. Des responsabilités, notamment relatives au cahier de position de l’association, s’ajoutent constamment. 

« Les associations étudiantes ne sont pas désuètes, parce qu’elles font des choses importantes pour défendre les droits des étudiants, assure Véronique Simard. Mais le mouvement étudiant, ce n’est pas seulement que de parler avec les administrations pour gagner de petites guerres. La partie combative est un peu évincée de toutes les associations ces temps-ci. Selon moi, ça ne devrait pas être le cas, et je ne sais pas si ça peut se réintégrer dans la structure telle qu’elle est présentement. » 

C’est pourquoi, dans sa lettre de démission, Véronique Simard propose des recommandations visant à permettre à l’exécutif de se consacrer davantage à la refonte des statuts et règlements ainsi qu’à une réflexion en profondeur, sans que l’ensemble des projets ou des causes ne doivent absolument reposer sur les élus. Par exemple, elle propose la création d’un comité de mobilisation qui pourrait prendre en charge cet aspect pendant que l’association se repositionne. Elle propose également de revoir la composition et les responsabilités de l’exécutif, notamment par l’ajout d’un poste dédié à la mobilisation. 

Cotisations étudiantes 

La révision des cotisations étudiantes est une autre priorité sur lequel devrait pouvoir se pencher sereinement le conseil exécutif. Pour Véronique Simard, l’enjeu principal de cette révision serait de pouvoir intégrer comme membres les étudiant.e.s internationaux en contexte d’échange avec une autre institution, proportionnellement de plus en plus nombreux sur le campus. Si cette révision a évidemment une dimension financière, elle concerne aussi le militantisme. 

« Elles et ils sont souvent motivé.e.s à vivre pleinement l’expérience de l’université. Mais ils n’ont pas le droit de vote aux assemblées, ou ne peuvent se présenter en tant qu’exécutants. […] On a là une base qu’on pourrait mobiliser, mais qui ne peut pas être membre. » 

Militer ou travailler ? 

Véronique Simard compte prendre une pause de l’implication, à tout le moins dans un poste de responsabilités. Elle conservera sa place au sein du comité contre les violences à caractère sexuel, pour lequel elle est mandatée pour encore une année. « Pour la première fois de ma vie, je ne serai qu’aux études. Je vais me prendre une marge de crédit et m’endetter… pour la première fois aussi! » lance-t-elle dans un humour teinté soulagement.