Pas à n’importe quel prix, les grands projets

On aurait pu s’attendre à des débats houleux sur la question des grands projets. On aurait pu s’attendre à un choc des idées. Mais ce fut plutôt des discussions cordiales et un appui du bout des lèvres des panélistes « en faveur » des méga projets industriels qui a caractérisé la table ronde, avec en trame de fond, le projet de GNL-Québec.

De gauche à droite : Adrien Guibert-Barthez, Marc-Urbain Proulx, Jean Paradis et Patrick Bérubé
Photo: Julien Gauthier

Par Julien Gauthier

Quatre panélistes étaient présents à cette table ronde organisée par le Groupe de recherche d’interventions régionales le 11 novembre, par l’intermédiaire du chargé de cours Christian Bélanger, qui avait pour but de répondre à deux questions : Quels sont les enjeux environnementaux des grands projets? ; Quels sont les enjeux sociaux et économiques des grands projets?

Et même si le thème abordé fut celui des grands projets industriels, c’est surtout de GNL-Québec dont il fut question.

Le bloc « pour les grands projets » était représenté par MM. Marc-Urbain Proulx, professeur au département des sciences économiques et administratives et Patrick Bérubé, directeur général de Promotion Saguenay.

MM. Adrien Guibert-Barthez, étudiant à l’UQAC et co-porte-parole de la Coalition Fjord, et Jean Paradis, fondateur de Négawatts Productions et militant écologiste, représentaient le bloc « en défaveur » des grands projets.

Marc-Urbain Proulx mitigé

Celui qui fut présenté comme étant pour les grands projets a montré lundi qu’il ne l’était pas tant que ça. Il souhaite avant tout que le projet puisse contribuer au développement des énergies vertes.

Les trois projets ne sont pas parfaits et rien n’empêche de chercher des alternatives aux grands projets, dont GNL, selon le professeur. « C’est sûr qu’on pourrait faire de la décroissance. Je ne suis par contre, mais on va devoir vivre avec les conséquences. », affirme-t-il.

« En refusant ainsi un ou plusieurs grands projets, le Saguenay-Lac-St-Jean, ou le Québec, montrerait sa force de courage au reste du monde. Ce serait un précurseur en la matière », a-t-il ajouté.

Avec ou sans GN-Québec, le Saguenay-Lac-St-Jean n’est pas dépourvu, rappelle Marc Urbain-Proulx. Il a un potentiel pour produire des énergies vertes. Il rappelle que la région a investi dans la construction de centrales hydroélectriques, que le Cégep de Jonquière possède une expertise en matière d’appropriation d’énergies, que ce soit l’éolien, la biomasse ou encore l’énergie solaire.

« Si – je dis bien si – le projet de GNL pouvait permettre de stimuler le développement des énergies renouvelables, ce serait un plus pour ce projet-là ».

La question des paradis fiscaux – dont GNL est loin d’être un enfant de chœur – a également fait parties des discussions. Proulx estime inacceptable que des compagnies continuent de faire usage de subterfuges pour éviter de payer de l’impôt.

« Ce qu’il faudrait, ce serait une révolution mondiale contre le grand capital. Par le passé, il y a eu plusieurs vagues d’évolution et nous serions peut-être dus pour en avoir une, qui comprendrait la question des changements climatiques mais aussi la lutte aux paradis fiscaux ».

Les dés pipés?

Dans son allocution d’ouverture, Adrien Guibert-Barthez a déploré que le projet de GNL soit déjà mis en branle et ce, même s’il n’a pas encore passé le BAPE, que la Ville de Saguenay n’a pas consulté d’experts indépendants, que le Parti Québécois et Québec Solidaire ont refusé le projet, qu’une pétition de 50 000 personnes dénonçant le projet et que dans son ensemble, l’acceptabilité sociale n’a pas été validée.

« Quand on gratte un peu, on remarque que ça fait depuis 2014 que le projet est en branle et que des lobbyistes sont embauchés par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord. Des élus prennent position en faveur du projet alors que tous les scientifiques considèrent qu’ils ont assez d’information pour dire que ce projet-là n’a pas à voir le jour.

Pour sa part, le DG de Promotion Saguenay, Patrick Bérubé, s’entend pour dire qu’il est en faveur du projet, mais pas à n’importe quel prix. « C’est vrai que le gaz naturel liquéfié n’est pas la meilleure source d’énergie car elle est non-renouvelable. Par contre c’est l’une des moins dommageables. Si l’on compare avec le charbon, le diesel, le nucléaire et le gaz naturel, c’est le GNL qui complémente le mieux la grille énergétique qui est dite « renouvelable » ».

Pour écouter l’intégralité de la table ronde en audio, communiquez avec nous.