Les pronoms relatifs, la bête noire des Québécois

Le choix du pronom relatif approprié en français standard est régi par un système assez strict qui fait en sorte que le pronom relatif qui, que, quoi, dont, où,lequel, duquel, ou auquel est de mise dans tel ou tel contexte. Mais qu’est-ce qui fait en sorte que la francophonie ne semble pas éprouver les mêmes difficultés en ce qui a trait au choix du bon pronom relatif? Bonne question, n’est-ce pas? 

Par Sophy-Anaële Pilon 

Un bref résumé 

Le pronom relatif est le pronom utilisé dans les subordonnées relatives :  

La fille DONT je te parle […] 

L’endroit OÙ je suis allée […] 

L’uniforme QUE j’ai mis […] 

Pour choisir lequel des pronoms relatifs est le bon dans un certain contexte, on doit se fier sur les trois critères suivants : 

  • La fonction remplie par le pronom relatif dans la phrase subordonnée (sujet, complément d’objet direct ou indirect du verbe, attribut du sujet, etc.) ; 
  • Le caractère animé ou inanimé du groupe nominal que le pronom relatif remplace (l’antécédent) ; 
  • Et, dans le cas de « lequel » et ses variantes, le genre et le nombre de cet antécédent. 

Bien que ces critères soient assez facilement identifiables, beaucoup de Québécois continuent d’utiliser le mauvais pronom relatif…pourquoi? 

Un peu dhistoire 

Cette particularité linguistique est explicable par le fait que le Québec a longtemps été à l’écart du parler de l’Île-de France, et donc de la norme « standard » de la langue française. Ainsi, la plupart des Québécois généralisent l’utilisation du pronom relatif « que » dans plusieurs contextes où il ne devrait normalement pas apparaître, alors qu’en France, le système est bien implanté et appliqué sans apparente difficulté. Pourquoi une telle dichotomie? 

En fait, ce système régissant l’utilisation des pronoms relatifs en français standard et qui est bien assimilé par les Français nous a été légué par la haute société et le « roy » de France du 17e siècle. À l’époque de la création de l’Académie Française, la structure de ce nouveau système a été diffusée partout sur le territoire de la France, en grande partie grâce à l’ouvrage de Claude Favre de Vaugelas. Grammairien de son temps et l’un des premiers membres de l’Académie, il publia « Remarques sur la langue françoise, utiles à ceux qui veulent bien parler et bien escrire » en 1647. Dans son œuvre, Vaugelas prescrit certains usages afin que tous puissent « bien parler » en français, ce qui à l’époque signifiait calquer ses usages sur les habitudes linguistiques du « roé »… et donc, utiliser les différents pronoms relatifs à sa manière. Il faut spécifier qu’avant cette publication, c’est « que » qui trônait au sommet de l’usage des pronoms relatifs, peu importe le contexte. 

Étant donné la date de publication de l’ouvrage et les contraintes de l’époque, cette nouvelle norme n’a pas traversé l’océan Atlantique pour arriver en sol québécois et rejoindre la colonie de la Nouvelle-France. (On rappelle que la ville de Québec a été créée en 1608.) Le « que » a donc bel et bien gardé son statut particulier au sein du Québec francophone. 

Cette absence de système n’est qu’un exemple parmi tant d’autres qui résultent du fait que les remarques prescriptives de Vaugelas n’ont pas été popularisées en Nouvelle-France. 

Par conséquent, il n’est pas complètement faux de dire que les Québécois utilisent certaines structures dites archaïques. Eh oui! Le français du Québec présente quelques vestiges d’une forme de français maintenant éteinte. Peut-être serait-il le temps de mieux l’abrier, non?