Le double discours de GNL

Une fois de plus GNL Québec démontre l’efficacité du dollar sur l’opinion publique. L’entreprise et son armée de spécialistes en relations publiques ont fait une annonce visant à discréditer l’opposition aux grands projets industriels. En se retirant du salon de l’emploi à l’UQAC, GNL fait d’une pierre deux coups: catégoriser les opposants comme étant une minorité dangereuse, et s’approprier l’image d’une organisation bienveillante ayant à coeur la paix sociale.

Par Julien Lemay-Roche

Toutefois, un fait demeure dans le cas présent: on accuse les militants d’un crime qu’ils n’ont pas commis. Aucun appel à la mobilisation n’a été fait contre le kiosque de GNL. Ceux-ci essaient pourtant de nous convaincre que de «petits groupes de manifestants» se préparaient à investir les lieux. 

Ce stratagème porte un potentiel énorme. Une grande part de la population, toujours aussi méfiante quand il est question d’un groupe qui impose sa volonté sur la majorité, se range systématiquement contre les instigateurs accusés de perturber la paix. Inutile de chercher les exemples bien loin. Rappelons-nous seulement des diverses actions perpétuées par Extinction Rebellion, ou l’épisode de Robert Lepage. Ces actions suscitent la rancoeur même chez les personnes les plus sensibilisées aux enjeux dénoncés. Les experts en communication sont conscients de l’impact qu’ont ces tendances politiques sur l’opinion publique. Encore à titre d’exemple, l’organisme de lobbying financé par la mairie, Je crois en ma région, joue ainsi sur le sentiment régionaliste répandu au Saguenay et l’animosité des gens envers «l’ingérence» de la métropole dans les affaires locales. 

Il s’agit-là d’une tactique commune. Cette ruse de blâmer des groupuscules qui s’élèvent contre le bien commun semble d’autant plus plausible que leur supposé intérêt à participer comme prévu à l’événement. Les postes administratifs en lien avec l’organisation des grands projets sont probablement, à l’heure actuelle, tous comblés par des carriéristes bien connectés. La place des étudiants serait alors relayée aux contrats de recherche promis. Que venaient-ils donc faire à l’UQAC? 

«Depuis le début du projet, nous avons fait du respect, de la concertation, du dialogue, de l’ouverture et de la transparence, les valeurs qui caractérisent nos actions» affirment-ils par voie de communiqué, en annonçant leur absence que la compagnie appuie, bien entendu, sans présenter la moindre preuve d’une quelconque menace. 

Si c’est réellement l’ouverture que les responsables recherchent, ils n’ont finalement qu’accentué les tensions tant au sein de l’université que chez la population. Leur contribution à la polarisation du climat social est manifeste, et l’orchestration volontaire de ce coup d’éclat est plus que probable.