Étudiant.e.s dans le brouillard

Face à une crise d’ampleur inédite, l’Université du Québec à Chicoutimi prend une décision à la hauteur de son administration. Leur récente posture, dont la conclusion est encore très confuse, a suscité de sévères critiques de la part de la population étudiante et du MAGE-UQAC. En effet, l’annonce de la reprise des cours en ligne à compter du 6 avril au plus tard a engendré une vive colère chez certains qui se sont immédiatement «mobilisés» contre cette décision. 

Par Julien Lemay-Roche

Sur Facebook, le groupe « contre la décision de l’UQAC » a recueilli près de 500 membres en moins de 24h. Il incite les étudiants à faire part de leur situation. Un témoignage de Maxime Privé, étudiant au Certificat en intervention jeunesse, a de quoi faire réfléchir sur la vertu d’équité autoproclamée des bureaucrates de salon du septième étage. Maxime étant employé en stérilisation à l’hôpital, la crise sanitaire devient un frein insurmontable pour ses études: «La pression va devenir de plus en plus forte pour les travailleurs/étudiants du réseaux qui s’exposent à des risques de contamination et qui n’ont maintenant plus de convention collective pour les protéger ni les accommoder dans le cas d’une reprise des activités universitaires», explique-t-il. Ce travailleur plus qu’essentiel pour la santé des gens en période de pandémie s’inquiète d’avoir à faire un choix entre ses études et son travail. Il rappelle être «obligé de donner des disponibilités 24h sur 24, 7 jours sur 7», et que son mois d’avril est entièrement comblé comme beaucoup de ses collègues en prévision de l’aggravation de la crise.

Pour Catherine Bélanger, étudiante au Baccalauréat en Histoire, mère d’une fille de 2 ans et demi et enceinte de 33 semaines, ni la reprise des cours, ni l’annulation de sa session ne sont une option. D’abord, elle ne peut s’occuper de son enfant confiné à la maison tout en assistant aux cours virtuels. Puisque les membres de sa famille travaillent toujours et sont en position de contracter le virus, elle ne peut pas risquer de leur demander de l’aide. Ensuite, elle dépend présentement de ses prêts et bourse. Depuis le début de la crise, sa situation financière s’est détériorée au point de causer un stress immense. L’annulation de sa session, sans remboursement qui plus est, la priverait alors de son unique revenu. «Dès le début de la session d’hiver, j’avais pris des arrangements, j’étais allée chercher des ressources et j’ai fait un horaire très strict pour terminer le 17 avril», nous dit-elle. Mais la situation étant encore très confuse, tout joue actuellement contre elle. Elle craint que les mesures de l’UQAC ne concordent pas avec ses besoins, affirmant au passage que les gens de l’administration «prennent les étudiants pour des pions» en n’offrant aucun compromis adaptés à la réalité.

Le cas de Catherine n’est pas unique. Les mères de famille sont nombreuses parmi la population étudiante. Certaines d’entre elles ont plus de deux enfants à s’occuper compte tenu de la fermeture des institutions scolaires et des garderies. Mais les gestionnaires cravatés de l’UQAC, habitués à leurs colonnes de chiffres, n’ont eu d’autre choix, devant ces témoignages, que de s’en laver les mains. Si l’avis des étudiants avait été important pour eux, ils les auraient consulté. Or, le MAGE-UQAC n’aurait eu droit qu’à une présentation le matin même de l’annonce officielle. Pour les représentants du MAGE, «il est inconcevable que l’UQAC ait pris des décisions en écartant l’avis de notre association étudiante, avis qui reflète les témoignages que nous avons reçus depuis le début de la crise sanitaire». Comment alors parler d’une décision humaine et dans l’intérêt de tous si les premiers concernés ne sont pas écoutés? 

En ce moment, l’UQAC délègue aux professeurs la gestion des cas particuliers. Toutefois, la direction n’a établi aucun lien direct entre les étudiants et les professeurs. Nombreux sont ceux qui n’ont eu aucune nouvelle du corps enseignant et vivent mal l’attente dans le brouillard. Certains ont l’impression de dépendre injustement de leurs professeurs respectifs, en ce sens que la décision leur revient et peut potentiellement être prise arbitrairement et contre l’intérêt des personnes principalement visées.

En date du 27 mars 2020, la pétition pour annuler la session d’hiver avec obtention de crédits s’élève à plus de 110 000 signataires.