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Quand la neutralité s’invite, la justice quitte 

L’éditorial d’Émilie Bouchard, rédactrice en chef

« Nous devons toujours prendre parti. La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage le persécuteur, jamais le persécuté. » Plus d’un demi-siècle après les événements qui ont inspiré à Elie Wiesel ces mots troublants, mais tellement véridiques, on se retrouve encore au même point. Entre oppresseur et oppressés, ce n’est pas le silence qui règne désormais : c’est la neutralité. 

La responsabilité médiatique 

En cette parution 138 du Griffonnier, où nous mettons en lumière divers sujets et débats d’actualité, j’attire votre attention sur nos médias et leur responsabilité face aux enjeux qui secouent notre société actuelle. À une époque où les populations remettent en question les scientifiques, où les rapports officiels sont méprisés en faveur de publications Facebook et où n’importe qui ayant accès à internet se plaît à s’imaginer expert d’un sujet donné, les médias ont un devoir de soulever certains enjeux.

Or, ils ne le font pas, se délaissant de leurs responsabilités sous le couvert de la neutralité. Si la neutralité est importante à bien des égards (il s’agit quand même d’une importante partie de notre démocratie médiatique), je crois cependant que notre civilisation fait présentement face à des enjeux qui méritent qu’on dépasse la neutralité. Les changements climatiques, l’islamophobie, les droits des femmes : ce sont tous des sujets d’actualité qui, oui, ont été couverts par nos médias.

Le problème n’est pas le manque de couverture que l’on concède à nos oppressés, mais bien la couverture que l’on accorde à nos oppresseurs, et ce, par soucis de « justice » et de « neutralité ». 

Mais les médias ne sont pas justes : ils sont équitables. Ils donnent la même couverture à tout le monde, peu importe l’enjeu. Ils portent du même vent les voix des oppressés comme celles des oppresseurs, se souciant bien peu de qui sera entendu au final, réalisant à peine que, se faisant, ils amplifient la voix du plus fort, et n’aident en rien la voix du plus faible.